LA TETE HAUTE

Film d’Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve, Benoit Magimel, Rod Paradot, Sara Forestier

Une juge et un éducateur jalonnent, de ses 6 à 18 ans, le parcours d’un jeune dit en difficulté, dans l’objectif, affiché comme tel, de le sauver. Sauver de quoi, de qui ? D’une mère trop jeune, trop précaire, à qui le costume de parent ne semble pas convenir ? Sauver d’une institution judiciaire qui assiste, les bras ballants malgré l’activisme d’une juge pour enfants, aux échecs à répétition des « projets » qu’elle échafaude pour sortir ce gamin de la spirale dans laquelle il persiste à se maintenir ? Sauver de la bonne volonté d’un éducateur un peu envahissant qui gagnerait à questionner son transfert ?

La force du film est d’attirer l’attention sur le parcours relativement typique d’un jeune admirablement interprété par cette boule de tension, de nervosité explosive qu’est Rod Paradot. Il soulève des questions de fond sur la façon dont le travail social traite les populations qu’il a mission d’accompagner, tout en rendant un hommage – mérité – au travail des éducateurs.

Film social certes, mais plutôt au sens moral du terme ? Seul le registre psychologique est explicité, comme si les problèmes de ce jeune résidaient exclusivement chez lui – jusqu’à frôler le psychologisme. A la fin, le jeune relève la tête grâce à l’amour et à la naissance de son enfant, ce qui lui permet de sortir du tribunal : dénouement heureux quasi hollywoodien. Dommage ! Le film propose une vision documentée des établissements pour jeunes «à redresser », tout en passant sous silence les dimensions idéologique et politique (consignes, mandats, visées) sans lesquelles ces établissements n’existeraient pourtant pas.

Claudine Schoukroun et Sébastien Bertho – juin 2015

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