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moi-daniel-blake-photo-lpdc-76 « Moi, Daniel Blake, je demande ma date d’appel avant de mourir de faim… ». C’est la phrase que ce cinquantenaire à bout de forces écrit sur un mur sourd et aveugle pour demander quand il pourra obtenir la pension d’invalidité qui devrait lui être accordée. Sans cette pension, il n’a pas les moyens de vivre. Victime d’une crise cardiaque, il ne peut pas travailler sans l’aval de son médecin. Il va pourtant s’inscrire à l’équivalent de Pôle Emploi en Angleterre, pour avoir quelques subsides. En poussant la porte de cette officine semi-privatisée, c’est dans un monde de fous que Daniel va pénétrer, lui qui a toujours consciencieusement tenu sa place dans l’entreprise de menuiserie dans laquelle il aurait dû terminer sa carrière professionnelle. Un monde fait de faux-semblants, de mépris et de cynisme, une planète où règne la loi des plus forts, ceux qui régentent les dispositifs en place mais aussi ceux qui ont un travail et qui font du zèle pour le conserver, ceux qui décident du sort qui sera fait à qui quémande ce à quoi il peut prétendre.

Le réalisateur Ken Loach, pour montrer la rigidité du système, a opté pour la dichotomie entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui sont ou paraissent impuissants, entre ceux qui travaillent et les laissés pour compte, entre les méchants serviteurs de l’Etat et les bons qui résistent. Il excelle, comme à son habitude, à montrer les dégâts d’un néolibéralisme implacable qui agit à la fois sur les uns et les autres.

Pour autant, il serait maladroit de verser dans un humanisme larmoyant qui réduirait la situation décrite à une plainte stérile et à la dénonciation un peu hâtive d’un groupe dominant qui serait moins humain que les dominés qu’il tient sous sa botte. Souvenons-nous à ce propos du Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie pour qui il ne peut exister de tyrannie sans l’assentiment du peuple tyrannisé. Le mérite de Ken Loach est bien, au-delà d’un certain apitoiement, de nous inciter à réagir et à réfuter l’idée qu’il n’y a pas d’autre monde possible.

          « Moi, Daniel Blake », réalisé par Ken Loach, 2016, palme d’or du festival de Cannes 2016

Claudine Hourcadet – Décembre 2016

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La publication a un commentaire

  1. Karima

    Merci pour ce texte et pour la référence à E. de la Boétie : » soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres… »

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