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…et d’autres termes apparentés viennent qualifier des attitudes, des pensées, des  sentiments aujourd’hui extrêmement répandus en France et ailleurs. Mille exemples privés et publics, professionnels et politiques caractérisent une situation aussi inquiète qu’inquiétante, dont on ne voit guère l’issue – ou plutôt si, qui s’avère plus dramatique encore. De vieux démons jamais définitivement enterrés s’agitent à nouveau… Chacun continue à faire comme il peut, comme on le lui laisse, sur fond d’une incertitude existentielle, de vacuité des projets et des ambitions…

Comment l’expliquer ?  Cette situation ne découle pas de résultats électoraux, qui en constituent plutôt une des conséquences prévisibles. Elle est surtout à corréler à l’efficace dissolution néolibérale de nombre de repères, solidarités et fonctionnements individuels et collectifs – l’offensive idéologique contre l’ancien monde est une des conditions d’implantation, voire de naturalisation de la révolution néolibérale. Est en cours une extension de ses effets extra-économiques aux moindres recoins du vivre-ensemble, une re-conformation relativement inédite des subjectivités. Tel est d’ailleurs un des sens du terme ultra-galvaudé de « crise »…

Première ponctuation : fatigue, lassitude, crise… ne sont pas des composantes du « climat psychologique » comme on dit quand on ne veut et/ou ne peut pas dire « confrontations et alliances idéologiques ». Mais n’est-il pas temps d’appeler les choses par leur nom ? Soit de reconnaitre la puissance éclairante des idéologies politiques, morales, sexuelles, familiales, scolaires… – sûrement pas pour « tout » expliquer mais pour rendre intelligibles des paramètres essentiels de notre monde, pour augmenter notre taux de lucidité. A défaut, un combat historique et social difficile se transmue en duel avec des puissances aussi célestes que mystérieuses – duel perdu d’avance.

Deuxième ponctuation : connectées à la logique de l’idéologie, fatigue, lassitude, crise… n’apparaissent plus comme des vécus universels. Parler de confrontations et d’alliances idéologiques, orientées, partisanes, fait entendre que, pour nombre d’individus, groupes, couches et classes sociales, la situation contemporaine s’annonce au mieux, prometteuse, pleine de toutes sortes de promesses et de revanches. Ni lassitude ni dépression ne les accompagnent.

Troisième ponctuation : aucun cordon sanitaire n’isole nos vies personnelles, familiales, professionnelles des enjeux de la cité et des positionnements idéologiques en lice. Moins nous portons foi à cette frontière imaginaire et moins fatigue, lassitude, crise… envahissent le devant de la scène publique et privée.

Perspectives possibles pour poser les problèmes autrement, en théorie et en pratique, et pour les vivre moins chèrement.

Saül Karsz – mars 2014

 

 

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