Anathème contre le genre ?

Sexe biologique (mâle ou femelle), genre (féminin ou masculin), orientation sexuelle(hétérosexualité, bisexualité, homosexualité, transsexualité…) caractérisent différents registres plus ou moins contradictoires de la sexualité. Cette complexité est prise en compte par les théories « du genre », qui affirment la surdétermination du biologique par le socioculturel. Conséquence : génitalité et sexualité ne sont pas des synonymes interchangeables.  On se souviendra que dès 1949, Simone de Beauvoir écrivait qu’« on ne naît pas femme, on le devient ». Fortement opposés à la diffusion de ses études sur le genre, 80 députés de l’UMP [Union pour la Majorité Présidentielle] ont demandé [à la suite d’associations familiales catholiques] le retrait des manuels scolaires de 1ere SVT [Sciences de la vie et de la  terre] faisant état de ces hypothèses. L’un d’entre eux, Bernard Debré [professeur d’urologie], déclare que ces théories risquent de  déstabiliser la construction identitaire des jeunes. (FR3, Ce soir ou jamais, 6/09/2010). Ces derniers sont supposés ne pas pouvoir accéder à cette complexité, alors qu’ils sont, en partie du moins, largement au courant déjà, sinon dans leur formation, au moins dans leurs pratiques…

Voilà un certain regard porté sur la jeunesse et la passion de l’ignorance dont elle devrait faire preuve, de même qu’une certaine  défiance affichée à l’égard des enseignants, supposés ne pas pouvoir raisonner sur ces questions. Quelles raisons mobilisent un tel combat ? Quels enjeux lient la question politique et la question sexuelle ? Il est toujours possible d’évoquer l’attachement normosé des députés conservateurs à la morale, leur croyance dans le biologisme érigé en vérité ultime, dénonçant par ailleurs le caractère préscientifique des propositions sur le genre. Autre chose, cependant, paraît devoir être pointé. Si les orientations sur le genre ont été longtemps portées par des courants intellectuels féministes, elles se diffusent aujourd’hui à grande échelle dans les médias et jusque dans l’enseignement au lycée. Cette diffusion généralisée met explicitement en avant des dimensions idéologiques et politiques à propos des rapports sociaux et des rapports de sexe. En effet, les théories sur le  genre subvertissent grandement les conceptions traditionnelles des rôles dits masculins et féminins, interrogent massivement les places des femmes et des hommes dans les rapports conjugaux, familiaux, et sociaux, interpellent les supposées potentialités ou carences des unes et des autres dans le monde du travail, dans les rapports de pouvoir, dans le champ de la médecine, de la justice, de l’éducation etc. bref mettent en branle des conceptions de la société, de son état présent et de son avenir souhaitable. On comprend alors aisément que cette mutation idéologique puisse inquiéter grandement les tenants des conservatismes et des doctrines qui naturalisent la différence des sexes.

Jean-Jacques Bonhomme – Novembre 2011

Cet article a 1 commentaire

  1. Philippe Gaberan

    Peu importe désormais le contenu du message ce qui compte est qu’il fasse du bruit (le buzz)! Voilà trente ans que les politiciens ont bien compris la fonction dérivée des technologies de la communication et, à l’instar de tant d’autres, l’utilisent afin de nourrir le plus bas niveau possible de l’intellect des sujets humains. Cette question du genre est essentielle dans le domaine de l’éducation et il devient de plus en plus compliqué de s’en saisir tant elle est récupérée par des passions idéologiques. Un exemple récent de cette dérive passionnelle s’illustre par la façon dont a été reçu l’un des tout derniers ouvrages d’Aldo Naouri Les pères et les mères.

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