Conversation XII du Jeudi 20 mai de 18h15 à 20h15 – Emprise et consentement

Conversation XII avec Hélène Bonnaud, psychanalyste et Marga Karsz-Mendelenko, psychanalyste – consultez l’affichette de présentation

Conversation via Zoom – inscription gratuite – lien envoyé quelques jours avant la date aux personnes inscrites

Consentement, abus, emprise, comment s’y retrouver ?

“Pour aborder la question du consentement sexuel, nous prendrons appui sur les deux témoignages de Adèle Haenel et de Vanessa Springora. Dans ces deux exemples, s’il y a eu consentement, c’est au prix de l’abus, mais un abus voilé par l’emprise de la parole.  Nous interrogerons cette dissymétrie entre perversion et consentement, entre la domination sexuelle et la parole d’amour. Nous réfléchirons à ce que la notion de consentement masque, et plus généralement en quoi le consentement n’a pas de sens univoque dans la clinique des relations sexuelles”.

Hélène Bonnaud – Conversation Pratiques Sociales jeudi 20 mai 18h15-20h15

Ambiguïté, complexité, polysémie

Consentir, dire « oui » ? Mais à qui ? On dit oui librement ? De façon éclairée ? En totale autonomie ? Quand quelqu’un con-sent, le fait-il par amour ? par désir ? par devoir, par commandement surmoïque, donc contrarié ? Mais à quoi ? A une offre ? à une sollicitation ? A une présence, même… virtuelle ? La supposée demande, d’où vient-elle ? D’un possible partenaire ? De nous-mêmes ? A notre insu ?

D’emblée, l’écart entre le oui et le consente-ment. Supposer, ensuite, qu’on est libre de donner son consentement relève d’une bévue, surtout si on entend le faire de façon éclairée ! L’aveuglement de l’amour, l’idéalisation et la soumission qui va avec ne donnent guère de lumières pour cerner avec quel degré de liberté, d’autonomie et de savoir le sujet devient apte à con-sentir à une relation sexuelle. Et cela à n’importe quel âge !!!

Le consentement n’est jamais sans conditions. C’est plutôt un « oui » avec des nuances : « oui, mais… » , « oui, mais pas tout de suite… », « oui…peut-être ». Le « non » n’est jamais très loin. Il y a encore la question : l’amour donné par le soi-disant consentement est-il réciproque ? Les amants se désirent-ils avec le même senti-ment ? Cherchent-ils le même but/finalité ? Sont-ils d’un même sentiment [cum-sentire en latin] ? Sans se sentir sous la domination du partenaire qui peut demander plus de sexe, plus de désir et de jouissance et moins d’amour, ou tout le contraire ?

 Vanessa Springora, Le consentement (Paris, Grasset, 2020) 

Pour l’auteure, cela a été le piège de toute sa vie. Elle s’en sortira : d’une part, «la psychanalyse m’a sauvé la vie », dit-elle, et d’autre part l’écriture de son livre : « libération totale : d’abord de l’avoir écrit, ensuite qu’il soit publié, et enfin qu’il soit lu et relu avec un tel enthousiasme. ».[1]

L’objet du livre : à la fois la rencontre amoureuse avec G., écrivain de 50 ans, et comment s’en défaire une fois qu’il ne voulait plus d’elle ? « J’étais très amoureuse de lui et je l’étais d’ailleurs toujours au moment où je l’ai quitté »,[2]… Quand « j’essayais de parler à mes proches la réponse jaillissait toute prête : quand même tu étais consentante ! Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? »[3]. Elle a entretenu cette relation entre ses 14 et ses 16 ans et fait sa connaissance un ou deux ans avant par l’intermédiaire de sa mère. Mais de qui Vanessa était-elle « très amoureuse » ? De l’homme, de l’écrivain reconnu, dont elle attendait le soutien pour son projet de devenir écrivaine ? D’un substitut possible de la figure d’un père dit « absent et tyrannique ? Tout cela peut devenir secondaire face à l’assujettissement amoureux où elle se sent prisonnière. tant la dimension l’inconscient toujours à l’œuvre fait des siennes.  Pour Vanessa Springora comme pour toute adolescente, la demande d’un consentement supposé « libre et éclairé » ne relève-t-il de l’absurde ?

Marga Karsz-Mendelenko – mai 2021

[1]Ornicar ? numéro 54 : Consentir – entretien avec Vanessa Springora p. 180.

[2] Ibid, p. 179

[3] Le consentement, p. 163

A suivre… la Conversation XIII : “Consentement et violences sexuelles sur mineurs” avec Marie Romero, sociologue, le jeudi 17 juin 2021 de 18h15 à 20h15

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.