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La question de la demande, la demande en question(s)

« Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît, car tu pourrais ne pas t’égarer » [R. N. de Bratslav].

Equivoque, ambivalente, contradictoire, la demande ne se donne jamais à livre ouvert. Elle engendre malentendus, quiproquos, méprises. C’est pourquoi il s’agit toujours de la déchiffrer et donc de l’interpréter.

La psychanalyse distingue et articule besoin/demande/désir. Cette logique renvoie à la conception freudienne des processus psychiques. Le petit d’homme doit en passer par un Autre pour satisfaire ses besoins primaires, et par les signifiants de la langue dite maternelle. Or la transposition des besoins en demande produit un décalage et une perte, car aucun signifiant ne permet la saisie de ce qui est sollicité. La demande sera toujours peu ou prou demande d’autre chose. C’est dans cet écart que s’ébauche le désir « dans la marge où la demande se déchire du besoin » écrit J. Lacan. Si le besoin peut être assouvi, le désir est insatiable car il porte sur un fantasme, il est désir du désir de l’Autre. Dans cette dialectique, la demande est sans fin et sans fond : « même sur les genoux de sa mère, l’enfant demande encore, pose des questions impossibles, réclame un jouet pour le casser aussitôt, bref il demande la lune » [ali-rhonealpes.org].

Référence indispensable, la psychanalyse invite à une précaution clinique en matière d’intervention sociale. La demande ne se réduit nullement à son énoncé. Apparemment explicite, elle masque des dimensions implicites à décoder. Autrement dit : la prendre au sérieux n’implique surtout pas de la prendre à la lettre.

Cependant, solliciter une aide pour un soin, un travail, un logement, une allocation… ou au contraire s’y refuser ne relève jamais exhaustivement d’un seul registre. Ces demandes visent aussi à conforter ou à contester des valeurs, représentations et normes sociales, à s’y conformer ou bien à en inventer d’autres. La mobilisation d’une posture transdisciplinaire s’avère ici nécessaire pour en saisir les motivations idéologiques.

Existe-il une demande « réelle », « profonde », une « vraie » demande ? Ce genre de question finit par paralyser la pensée et l’action : en témoignent ces professionnels qui, à la manière « d’apprentis psy », attendent passivement qu’une demande leur parvienne ou ces « âmes charitables » qui vont l’anticiper sous prétexte que l’usager serait trop vulnérable pour la formuler. La demande est un processus non linéaire qui se suscite, se construit, s’entretient et se respecte au mieux.

Il paraît précieux pour l’intervenant social de repérer des éléments en provenance des demandeurs implicites [proche, magistrat, travailleur social, partenaire…] car il est improbable que celui qui la porte en soit l’auteur unique ou même principal. Repérage nécessaire pour tenter de ne pas confondre la parole de l’usager et celle des autres protagonistes impliqués dans la situation. Le cas échéant, pour intervenir auprès de ces derniers. L’analyse de la demande requiert la disponibilité subjective de l’intervenant mais aussi des référentiels conceptuels et idéologiques suffisamment solides car personne n’écoute une demande avec sa seule volonté ou ses bonnes intentions. Celles-ci sont toujours corrélées à une table d’écoute plus ou moins étayée qui permet d’entendre ou pas certains aspects de la demande. Dans tous les cas, son analyse représente toujours un défi : car aucun sujet n’est totalement au clair avec le comment et le pourquoi de sa demande. Ni aucun professionnel, capable de comprendre tout ce qu’il veut, mais juste ce qu’il peut.

 Jean-Jacques Bonhomme – Septembre 2017

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