Toni Erdmann – Film de Maren Ade, avec Peter Simonischek et Sandra Hüller – Aout 2016

Inès Conradi est une jeune allemande installée à Bucarest où elle lpdc-74-toni-erdmannpoursuit une brillante carrière dans le consulting, activité qui l’amène à échafauder des plans de licenciement « clefs en main » pour des multinationales pétrolières. Elle voit soudainement son loufoque de père débarquer avec l’innocente envie de questionner le sens de l’existence de sa fille chérie. Une petite poignée de questions semées au début du film (« es-tu heureuse ? ») sert de rampe de lancement à ce conte existentiel où une jeune femme voit ses certitudes peu à peu s’ébranler.

Loin des fables bien pensantes qui martèlent de grandes sentences moralisatrices, Toni Erdmann (personnage que le père d’Inès s’invente pour s’immiscer dans son monde professionnel) se contente d’être un caillou dans la chaussure, une poussière dans l’œil qui oblige au décalage, à marquer un temps d’arrêt. Par sa seule présence, suffisamment proche, jamais bien loin, mais sachant installer une distance salutaire, voire se faire oublier, il induit chez sa fille un trouble qui la conduira à de profondes remises en question. Il ne donne aucune recette, n’offre pas sur un plateau le guide des bonnes pratiques pour une vie meilleure et plus vertueuse. En même temps, les questions tout au long du film sont aussi : qu’avons-nous raté ? Qu’est-ce qui, dans nos positionnements, nous rend aveugles aux contradictions que nous instaurons ? Cette façon de procéder est riche d’enseignement pour tous ceux dont le travail quotidien consiste à accompagner, de quelque façon que ce soit, des sujets

Sur fond d’ironie sur les méandres d’un capitalisme devenu fou, porté par deux acteurs géniaux et une mise en scène efficace, on comprend pourquoi ce film s’est attiré une ovation sans précédent lors du festival de Cannes 2016.

Sébastien Bertho – Septembre 2016

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Cet article a 1 commentaire

  1. Brigitte Riera

    Film très porteur oui ! Et désopilant ! Pour ma part, j’ai finalement retenu la double démarche de la fille vers le père mais également du père vers la fille; car lui non plus ne sait pas comment s’y prendre. Lorsqu’elle finit par serrer dans ses bras son père “à poils”, qui a pris le mot d’ordre de sa fille au pied de la lettre, alors quelque chose se dénoue dans le film, on sent qu’ils ont réussi l’un et l’autre à se rejoindre, et pas n’importe où : dans ce qu’ils sont chacun.

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