You are currently viewing Témoignage : Que fais-je avec le concept d’idéologie, avec les idéologies, dans mon activité professionnelle ?

L’Institut Médico-pédagogique où je travaille reçoit des enfants qualifiés de psychotiques, d’autistes,  porteurs du syndrome d’Asperger, ou encore de Troubles Envahissants du Développement (TED) ; s’y ajoutent des profils avec retards mentaux et troubles autistiques associés ou non, des syndromes de Rett, ou encore des dysharmonies psychotiques…

Cette liste de diagnostics n’est pas exhaustive et il y a fort à parier que demain d’autres appellations, d’autres qualificatifs verront le jour, d’autant que l’esprit humain consacre une grande partie de son temps à classer, ranger, distribuer, cataloguer…

Il est cependant utile de se demander pourquoi tel terme – celui de psychose, par exemple – qui appartient traditionnellement au courant psychanalytique, tend actuellement à céder la place à celui de TED (Troubles Envahissants du Développement) qui lui, appartient au courant comportementaliste (béhavioriste) ?

Il semble bien qu’il s’agisse là de courants rivaux, qui se heurtent les uns aux autres, sorte de système d’idées polémiques, des pratiques et des traitements divergents, sinon opposés, autrement dit : des idéologies.

La disparition des catégories freudiennes du DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), ou encore l’exclusion de la psychose infantile, attestent bien de l’apparition d’une nouvelle idéologie (certains parlent de « mode ») dans le secteur de la maladie mentale : la méthode ABA (Applied Béhavior Analys, soit « analyse appliquée des comportements »).

Le propos n’est pas ici de faire l’apologie ou le procès de telle ou telle méthode, de tel ou tel courant de pensée, de telles ou telles idéologies, mais d’essayer de comprendre comment elles fonctionnent, pourquoi elles agissent.

Elles servent à tout le moins les objectifs suivants : aider à  s’orienter dans le réel, tenter de relier ceux qui les adoptent, s’opposer à ceux qui les rejettent, faire des émules en se propageant dans d’autres têtes et susciter d’autres pratiques.

On oppose souvent deux logiques – qu’on imagine absolument étrangères l’une à l’autre – à savoir la logique des sciences et la logique des idéologies. La science vise à connaître le réel, un certain réel, l’idéologie permet de supporter le réel, de s’y orienter. Tout cela n’est pas si clair !

Tout ceci pour dire qu’il convient de rester extrêmement vigilant en essayant de repérer dans tous discours, pratiques, situations, quelles idéologies se déploient, s’expriment ou se cachent.

Autrement dit, on n’a pas fini de travailler sur, sous, avec, dans les idéologies.

Alain-Georges BOUCHE – juin 2011

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