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Le GTD (Groupement Technique de Directeurs d’établissements et services médico-éducatifs du Var) a mis au travail la question du risque dans la fonction de direction, sous le titre « Diriger est risqué ». Deux intervenants ont proposé d’explorer cet exercice professionnel singulier, à partir du regard d’autres métiers :

Ä d’un côté, François Leray guide professionnel de haute montagne (GPHM) a interrogé le risque comme phénomène qui ne se gérera que pour autant qu’il aura été pensé, c’est-à-dire anticipé autant que faire se peut [= se préparer et se préparer à ; prendre en compte tous les éléments avant de décider ; savoir faire machine arrière ; être conscient de soi-même, de ses compétences et celles des autres autour ; rester attentif aux facteurs environnementaux ; etc.].

Ä de l’autre, Saül Karsz invitait à mettre en perspective, non pas le risque en tant qu’il pourrait être maitrisable à coups de dénombrement de ses avatars, ou à coups d’éradication procédurale, mais le risque en tant qu’il est inhérent à l’activité de direction soit : non pas « diriger est risqué », mais diriger est à risque ! Autrement dit, comment (se) sortir d’une tentation nous poussant à mettre en œuvre une maitrise fantasmatique, destinée à assigner à la vie de l’institution des modes d’expression contingentés, préconçus, préréglés, supposés magiquement éradiquer toute déviance potentiellement porteuse de risque.

Le seul apte à garantir aux personnes dont il s’occupe, le « risque 0 », c’est le tueur professionnel : quand il en a terminé avec son contrat de travail, on a la certitude du risque 0. C’est un slogan qu’aucun autre professionnel ne pourra jamais garantir. Une fois cet archétype de la figure impossible posé et écarté, il reste à convenir, en raison de la conceptualisation et de la mise en œuvre d’une pratique professionnelle circonstanciée, c’est-à-dire déclinant avec rigueur et attention des modes d’organisation institutionnelle qui veillent à penser et exiger une articulation des interventions sans que quelques risques puissent ne pas être présents…

Pour le coup, c’était un pari risqué, de faire plancher des Directeurs d’établissements et services, sur l’idée que ce n’est ni la rigidification, ni la déploration qui font la gestion du risque : c’est la mise en œuvre de dispositifs réfléchis, appuyés sur des professionnels aguerris, et/ou souhaitant le devenir, engagés dans une pratique à plusieurs, aptes, à chaud, à analyser des causes et des effets et décider des mesures de protection et d’accompagnement nécessaires. Bref, c’est travailler en amont sur compétence, articulation et autonomie des équipes.

… Pour certaines institutions, c’est d’ailleurs probablement là, que réside le plus grand risque …

D. Veïn – Janvier 2012

Cet article a 4 commentaires

  1. de rugy

    « il faut choisir : être libre ou se reposer »…(Thucydide)…ne prenez pas le risque du repos !!

  2. Benjamin LILLIER

    Un écho lointain généré par ce débat autour du risque.
    Si je partage la nécessaire anticipation comme condition permettant d’assumer (c’est-à-dire mettre en travail) le risque lié immanquablement à la vie…institutionnelle, je souhaiterais livrer ces quelques réflexions autour de l’institution…
    à vous entendre…

    “Se risquer à” diriger une institution sociale ou médico-sociale, n’est-ce pas tout d’abord s’engager à assumer la dialectique institutionnelle, prise structurellement entre ses dimensions “instituée” et “instituante”, ayant chacune leur légitimité et ne pouvant être réduite à leur caricature (forces dites “réactionnaires” contre celles “dites de changement”).
    S’y engager ce pourrait-être alors repérer notamment, où, comment et par qui ou quoi l’on est déjà…engagé (logiques inconscientes et idéologiques à l’œuvre en nous chez les diverses parties-prenantes et dont on peut trouver trace dans les dispositifs mobilisés). Ces dimensions en tension peuvent être portées par des “agents” traversés/travaillés par cette dynamique singulière, qui peut les amener à soutenir l’institué comme à le dénoncer au nom de l’instituant. Nulle trahison la dedans, mais peut-être plus simplement les effets du travail d’élaboration individuelle et collective autour des mouvements traversant/vivifiant l’institution (en actes, en discours et en représentations), pour autant que celui-ci soit entendu comme un “incontournable” des métiers du social.

    Se risquer à diriger aujourd’hui ne serait-ce pas alors renoncer à une vision par trop réductrice de l’institution qui verrait nécessairement et uniquement en elle, une forme de totalitarisme plus ou moins larvé. Ne pas réduire l’institution à une logique de discipline des corps et des esprits, par la violence symbolique, dans une visée de reproduction sociale (sans nier la portée de ces analyses), c’est peut-être aussi garder à l’esprit sa fonction de socialisation et de (fragile) rempart contre l’anomie, et assumer ainsi le rôle d’ancrage qu’elle peut jouer d’un point de vue symbolique et imaginaire.

    Le rouleau compresseur libéral semble fort bien s’accommoder, voire soutenir une forme de positionnement anti-institutionnel et en appeler à une (si mal nommée) désinstitutionnalisation (en l’assimilant à l’accompagnement dans la proximité et à la limitation des structures avec hébergement, comme si l’institution en était absente). Peut-être est-il temps, à travers les espaces proposés par Pratiques Sociales notamment, de réinterroger ce qui fait institution et nous institue par la même en retour en tant que sujet.

  3. Ethylotest

    Grand merci pour cet article !

  4. sac michael kors

    Des articles intéressants sur ce genre d’information est une excellente trouvaille. C’est comme trouver un trésor. J’apprécie la façon dont vous exprimez vos points et de partager votre point de vue. Merci.

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