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Michel Tort, psychanalyste : « Il y a une transformation peu contestable des questions de parenté et de filiation en Occident… »

1 – En quoi les questions de famille(s) et de parentalité(s) vous paraissent-elles constituer, représenter, faire partie des enjeux contemporains ? Parleriez-vous de famille et/ou de parentalité au singulier ou au pluriel ?

2 – Quels arguments comptez-vous présenter lors de votre intervention aux XX° Journées ?

  1. Il y a une transformation peu contestable des questions de parenté et de filiation en Occident. L’évidence du système un seul père/une seule mère est radicalement entamée. Cette explosion a donné naissance aux « parentalités » empiriques. Les réserves sur le terme même de parentalité sont une manifestation de nostalgie du « bon temps » et il en va de même de celles qui portent sur le genre. L’invention de l’épouvantail de la « théorie du genre » révèle à ciel ouvert leur fondement : la théologie catholique du sexe et leur but : la restauration de la famille aristocratico-française. A travers les problématiques de la procréation artificielle et de l’homoparentalité, les principes implicites qui ont présidé à l’institution de la parenté jusqu’à la trouver naturelle (comme l’échange des femmes) sont apparus comme des constructions historiques y compris l’évidence de l’hétérosexualité de la parenté (Judith Butler).
  2. Comment la psychanalyse intervient sur les problématiques de la parentalité ? Un premier courant a dominé en France depuis les années 1980 réagissant aux avancées légales des mouvements féministes et des minorités sexuelles (droit à l’avortement, loi de 1972 sur la filiation, Pacs etc.). Il a entonné le chant selon lequel l’évolution moderne des parentalités, l’artificialisation, l’homoparentalité etc. conduiraient, en détruisant ainsi l’Ordre symbolique, à un massacre de la subjectivation .Mais cette apocalypse escamote le fait que l’ordre symbolique est historique. L’opération revient à un habillage « psychanalytique » de la croisade réactionnaire. En prétendant de plus sur cette base à une expertise en dernière analyse sur les âmes, ce courant n’a cessé de déconsidérer la psychanalyse sur la place publique. A l’opposé de ces « discours de psychanalyse » extérieurs à la pratique de la psychanalyse dont l’objet est de condamner au nom de la psychanalyse, des psychanalystes, conjurant les autres de se taire, s’emploient à faire leur travail d’analystes avec les situations nouvelles auxquelles les exposent les dispositifs nouveaux de procréation (enfants nés avec donneurs dans l’IAD, ou donneuses d’ovules, etc.) Il s’agit de soutenir enfants et parents dans l’élaboration des nouveaux problèmes psychiques engendrés, non sans que ces terres nouvelles conduisent à une exigence de révision des théories psychanalytiques les plus établies comme celle de la fonction paternelle.

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