You are currently viewing Penser la question sociale

(débat critique du samedi 17 mars 2012 proposé à Paris par Pratiques Sociales)

C’est en 1883, à Buenos Aires (Argentine), puis en Italie et aux USA, que « la question sociale » apparait en tant que titre de journaux et publications émanant du mouvement libertaire. Un large espace y est donné au débat ; les luttes sociales y occupent une place centrale.

Au 19ème siècle, ère industrielle, des masses croissantes d’ouvriers, « paysans que la terre ne nourrit plus », envahissent les cités et,  soumis au bon vouloir des employeurs, rencontrent des conditions de vie à tous points de vue précaires. La surexploitation est de mise. La misère touche de larges catégories de citadins et les classes privilégiées ont peur de celles qui sont  présumées dangereuses. L’Europe tremble sous la montée de l’anarchisme, des premières organisations syndicales et politiques de la classe ouvrière, des combats de la Commune de Paris et, plus tard, au 20°siècle, de l’avènement de la Révolution Russe et de la montée en puissance des courants marxistes…

Qu’en est-il aujourd’hui de la question sociale ? En quoi est-elle contemporaine ?

Le 15 mars 2012, Mr Sarkozy, irrité par la colère d’ouvriers du site ArcelorMittal de Florange, déclare : « les syndicalistes feraient mieux de s’occuper des salariés plutôt que de faire de la politique !». Passablement auto-contradictoire, cette phrase souligne que, dans la perspective néolibérale, la question sociale existe mais séparée des enjeux politiques, – autrement dit, isolée de ce qui pourrait en venir à bout. On peut faire l’hypothèse qu’il y a là une tentative de dépolitisation de la question sociale. Il s’agit bien d’intervenir sur les conditions objectives et subjectives, sur les dimensions individuelles et collectives de vie des secteurs populaires, tout en déconnectant ces interventions et ses destinataires d’éventuelles velléités de classe. Tel est la quadrature du cercle : accentuer ce que la question sociale comporte de question tout en faisant l’impasse sur son caractère social…  Jusqu’à quel point, cependant, les courants progressistes en France et ailleurs tournent-ils le dos à cette manière de voir et d’agir en la matière ?

Reste donc à définir précisément ce que cette question sociale signifie aujourd’hui, ce qu’elle comporte, comment elle est rapportée à ou soigneusement déliée de la dynamique des classes sociales, comment enfin elle est utilisée pour intervenir sur la situation des classes populaires en touchant le moins possible aux structures dominantes… Multiples ramifications d’une question qui, sociale, interroge en fait les conditions du vivre-ensemble de l’ensemble des couches et classes sociales, – aujourd’hui et demain. C’est pourquoi la dynamique des classes sociales ne doit surtout pas être traitée comme une évidence, elle aussi nécessite analyse détaillée, démonstration, mise à l’épreuve. Vaste chantier, en fait.

Claudine Hourcadet – Avril 2012

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.