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Nira est une femme d’une trentaine d’années, mère, épouse, et institutrice de son état. Dans l’exercice de sa profession, le hasard met sur son chemin le jeune Yoav qui porte en lui une espèce de don pour la poésie. Par fulgurances, sans réellement prévenir si ce n’est par une manifestation peu contrôlable d’excitation, l’enfant sent en lui monter les vers de poèmes, de Haïkus plus précisément.

Nira, qui est par ailleurs passionnée par la poésie au point de prendre des cours d’écriture, sera traversée par des positions contradictoires à l’endroit de celui qui deviendra vite son jeune protégé. Ici elle militera auprès du père de ce dernier pour que son talent soit mis en exergue. Là elle n’hésitera pas à plagier son élève en s’appropriant sa prose.  Tantôt elle tentera de protéger cet enfant atypique face aux autres élèves, tantôt elle le réduira au statut de phénomène et tentera de comprendre la nature profonde de son don.

Le film joue d’entrée sur l’ambivalence, le titre étant en opposition avec la mine boudeuse de l’enfant. Il nous invite à nous questionner sur la place faite à la poésie ou tout autre talent peu rémunérateur dans nos sociétés. Qu’existe-t-il en effet de plus inestimable (au sens économique du terme) que la poésie ? D’ailleurs, le père de Yoav, riche restaurateur, ne s’y trompe pas : le talent de son fils n’a pas l’ombre d’une chance d’attirer son attention.

Le cinéaste, qui s’inspire de sa propre histoire (il a écrit une centaine de poèmes entre 4 et 7 ans, les Haïkus du film proviennent de ses écrits) semble nous inviter à une réflexion sur la place du beau, de l’art, ou plus généralement de la singularité, dans un monde qui exhibe jusqu’à plus soif la vulgarité, à la mode clip MTV ou « selfies » publiés sur les réseaux sociaux. Maintenant devenu adulte, il regarde ce monde à travers le prisme de cet enfant.

Ce film se veut un acte de résistance contre « l’air du temps » par la mise en avant d’un art quasi anachronique, la poésie. Il interroge la façon dont les sociétés contemporaines accueillent les générations futures, quand bien même sont-elles affublées d’un étrange don.

Sébastien Bertho – Mars 2015

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