Film de Pierre Jolivet, avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga – mai 2015

A priori, Jamais de la vie n’est pas un film de saison : noirceur du propos, ambiance pesante, tronche abimée du (parfait anti-) héros, questionnement sociétaux sur fond de misère sociale – pas de quoi égayer nos soirées estivales. Et pourtant, il s’agit d’un film dans la lignée du cinéma social des frères Dardenne ou de Ken Loach.

Franck, 52 ans, dont l’existence a traversé un long no man’s land qui pourrait être synonyme de réclusion carcérale, se retrouve gardien de nuit dans un parking de supermarché. Séparé de sa femme et mis à l’écart d’un idéal de vie active fait de luttes sociales et de revendication salariale, du fait de son engagement syndical passé par trop jusqu’au-boutiste, il se retrouve seul et sans espérance, dans sa triste banlieue.

L’une des séquences les plus justes du film montrJamais de la viee un personnage, qui ayant trouvé au fond d’un placard une chemise, s’aventurera dans une escapade chez « les riches ». Un regard (presque) assuré en commandant le whisky le plus cher de la carte d’un restaurant chic suffit pour que les identités sociales soient d’un seul coup brouillées. Le metteur en scène a compris que la précarité, comme la richesse, ne sont jamais uniquement une histoire d’argent mais existe aussi dans les sphères de la santé (physique ou mentale), de l’exercice de la citoyenneté ou de l’engagement politique, entre autres. S’il est bien question de moyens de subsistance, c’est à la marge que le sujet est abordé dans ce film qui se concentre bien plus sur les conséquences subjectives de ce sentiment d’exclusion, voire d’inutilité au monde, à un certain monde que vit ce personnage. Olivier Gourmet interprète avec une grande profondeur ce prolo déchu au visage buriné qui, noyé dans cette morosité, s’entrainera, seul, dans une spirale dont la fin a peu de chance de s’avérer heureuse.

Sans misérabilisme ni condescendance, Jamais de la vie se présente comme une chronique pleine de justesse sur l’une des formes que peut revêtir la précarité, non cantonnée aux seules ressources financières.

Sébastien Bertho – mai 2015

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