You are currently viewing Economie de droite, politique de gauche ?

« La politique – dit  une opinion répandue –  ne peut pas grand-chose, sauf à la marge, à tel point l’économie impose sa loi, ses mécanismes, ses contraintes, ses fonctionnements. » Cette impuissance supposée mérite interrogation. Bien entendu, il y va de la politique, de sa raison d’être et même de son efficacité qu’elle soit limitée, ne puisse pas tout, implique des compromis et des alliances, des ratages et des avancées. Quand on le comprend mal, naît un certain désenchantement envers la politique, ses programmes, ses représentants femmes et hommes de tous bords : puisque la politique ne peut pas tout, alors elle ne peut rien ! Posture moraliste à souhait, assez typique des idéologies réactionnaires…

Pourquoi, cependant, la politique paraît-elle soumise à la loi économique, comment se fait-il qu’on imagine que l’économique commande tout, loge au-dessus de tout ? Réponse partielle, mais indispensable : parce que certains fonctionnements économiques et certaines postures politiques convergent, ont les mêmes buts, obéissent à la même logique. Loin d’être absente, moins encore impuissante, la politique (programmes, décisions, appareils) est bel et bien présente, massivement présente : en soutenant – juridiquement, idéologiquement, culturellement – certains principes économiques contre d’autres, certaines modalités de production et de répartition des biens et des services, en organisant l’avant et l’après économiques (école, famille, administration, communication). La politique publique joue une partition économique majeure quand elle adhère à la doctrine selon laquelle la direction des affaires économiques constitue une affaire privée. Bref, il ne peut y avoir des « lois économiques » que parce qu’il y a des lois juridiques, c’est-à-dire politiques. L’économique ne saurait aucunement manquer de politique puisque, d’emblée, toute économie est déjà une économie politique, une organisation orientée et partisane de la production et de la distribution.

Évitons de succomber à une représentation économiciste qui fait de l’économie une mécanique purement technique, neutre et intangible… – que les différentes politiques sont supposées orienter à droite ou à gauche ! Or, ce n’est pas de la sorte que les choses se passent dans la réalité.

Car la voie est relativement simple pour une politique de droite et relativement ardue pour une politique de gauche. Enjeu : conserver ou en revanche modifier les fonctionnements économiques, les modalités de production et de distribution des biens et des services, et donc la charge politique, l’orientation politique, la portée politique qui est intrinsèque à ces fonctionnements et à ces modalités… Privatiser des services publics rentables ou nationaliser des services privés nécessaires à la communauté ne sont pas des actes exclusivement économiques. C’est pourquoi une politique de droite s’avère relativement aisée : elle laboure le sillon de l’ordre politico-économique régnant, non pas dans l’Economie, mais dans les rapports économiques actuellement en vigueur. Pour sa part, une politique de gauche implique un processus de rupture, tenue qu’elle est d’inventer un autre ordre économico-politique, un autre régime de liens sociaux, de nouvelles lois et discours autant que de nouvelles organisations… Les différentes nuances de la droite et de la gauche s’inscrivent dans ce spectre d’analyses et de modalités d’intervention, leurs bénéficiaires et leurs victimes n’étant évidemment pas les mêmes.

Saül Karsz – Novembre 2012

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.