Conversation 7 du 17 décembre 2020 – Commentaire “à chaud” d’une participante

A lire : un intéressant commentaire “à chaud” rédigé par une participante à cette Conversation 7 qui a réuni une vingtaine de participants.

Voici quelques “fils” que j’avais envie de reprendre :

– Le rapport théorie/pratique. La psychanalyse est présentée au début du texte de Cécile P. comme un ensemble de concepts dont peut s’inspirer l’éducateur. Cela correspond à un moment de l’Histoire et de l’histoire de chacun par rapport à la psychanalyse. On s’aperçoit ensuite qu’elle est avant tout une posture : être à l’écoute du désir, celui de la personne accompagnée, le sien propre, celui du social qui nous contient et nous infiltre. Après, chaque professionnel en fait quelque chose en fonction de son métier : le psychanalyste aide à cette prise de conscience ; l’éducateur, selon moi, aide à vivre en bonne intelligence avec ces désirs, la réalité, la loi.

Dans ce rapport théorie/pratique initial, le travailleur social est en position de soumission comme un technicien vis à vis de l’ingénieur. Rappelons que c’est à partir de cette pratique éducative que des conceptualisation appropriées ont pu être construites (action-recherche).

– La présence du corps. Quand on “n’a pas les mots”, impression qu’on n’a pas été jusqu’au bout de ce qu’il fallait faire, ou plus exactement dire. Ce qui peut en effet conduire à une “culture de l’aveu” : vouloir dire ou faire dire quand il n’y a rien à dire, ou quand il y a mieux à faire. Dans ses jeunes années, la psychanalyse a tout fait pour mettre hors champ le corps (position allongée, pas d’échange de regards, interdit du toucher) ou le faire passer à travers le filtre des mots. Puis la discipline s’est ouverte au “langage du corps”, et à son maniement. L’intuition est heureusement souvent bonne conseillère : la réaction de l’éducatrice à ce jeune garçon violenté par les mots d’un éducateur, – ne rien dire et prendre la main – m’a semblé magnifique : on ne rajoute pas d’acide quand la peau est déjà brûlée.

Plus généralement, on imagine mal un éducateur rester dans le monde des mots. Il lui appartient de s’appuyer sur tout support pour mener son action. Ces échanges en situation concrète, à valeur symbolique contrôlée grâce à une approche analytique, “parlent” souvent plus à certaines personnes que l’échange en cabinet avec un “psy”. Je me suis battue pour que des personnes en insertion, dans les Espaces Parisiens pour l’Insertion, soient écoutées sur place par des équipes pluridisciplinaires sociales et psychanalytiques dont les membres échangeaient sans cesse, même si les personnes ne voyaient pas le psychanalyste, plutôt que d’être orientées systématiquement vers des consultations extérieures pour “parler d’elles”, alors qu’elles n’en avaient nulle envie et le faisaient déjà à travers leurs symptômes sociaux.

– L’évolution dans les thématiques abordées en supervision avec les professionnels du social. On passe d’une “culture de l’aveu”, dans laquelle le “prestaire” doit dire les représentations et sentiments plus ou moins avouables qui l’animent et qui seraient à l’origine du problème, à une culture de la plainte : depuis l’application de l’idéologie et des méthodes néolibérales au social, la demande est le plus souvent du type : “Comment faire mon métier dans une institution où on m’empêche de travailler ?”. Ce qui, hélas, n’est pas que du fantasme. Et les jeunes professionnels ne sont pas aidés par la logique des “référentiels de compétences” qui règne dans les Ecoles, émiettant la notion de positionnement professionnel, et l’énucléant du sujet, en donnant à croire que la bonne attitude peut être le résultat indiscutable d’un “process” bien maîtrisé.

– La polysémie des symptômes, que la psychanalyse aide à décoder. Ainsi, la façon un peu énergique de Lucille d'”avancer la chaise” à l’éducatrice tout en maintenant la distance, semble avoir été comprise, avoir été reçue comme une “épreuve”, permettant ensuite le rapprochement, non sans un détour par mère interposée.

Raymonde Ferrandi – décembre 2020

 

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