Pratiques en ITEP : soigner, prendre soin et quoi d’autre ?

Les ITEP (Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques) sont « des établissements médico-éducatifs qui ont pour vocation d’accueillir des enfants et/ou des adolescents présentant des troubles du comportement importants, sans pathologie psychotique ni déficience intellectuelle » (décret 2005-11). Les professionnels qui y interviennent assurent à leurs publics un accompagnement vers l’accès aux soins, la participation sociale et les apprentissages, ces derniers se déroulant dans ou hors les murs.

Travailler dans un ITEP n’est cependant pas chose évidente tant la dimension thérapeutique y semble prépondérante. « Nous sommes là pour soigner », affirment,  à l’unisson avec les médecins psychiatres et les psychologues, des chefs de service, éducateurs et enseignants. La clinique pratiquée serait donc prioritairement une clinique médico-psychologique. Or, il n’est pas donné à tous d’apporter des soins, de faire fonction de thérapeute. Il faut pour cela avoir été formé, être titulaire d’un diplôme ad’hoc, avoir été recruté pour cette activité. En outre, cela ne garantit pas que l’usager d’un service, pris en charge par une discipline comme toute autre parcellaire, aille mieux au contact des soignants ni ne consente à se laisser soigner par eux. D’ailleurs, faut-il désigner par « patients » les jeunes reçus en ITEP ?

« Au moins pouvons-nous prendre soin ! », rétorquent des professionnels. Or, soigner et prendre soin ne sont ni des synonymes ni des antonymes ; ils sont à la fois exclusifs et inséparables. Le prendre soin peut avoir des effets thérapeutiques et le soin peut s’avérer malséant, sinon traumatisant pour le destinataire. Penser dialectiquement le soigner-prendre soin peut s’avérer fructueux pour les pratiques en ITEP.

Dimension incontournable, l’action thérapeutique en ITEP, comme son appellation l’indique, n’y est pas le seul axe d’intervention, ni non plus les soignants les seuls intervenants. L’institution est le donneur d’ordre des actions qui y sont développées, thérapeutiques mais tout autant éducatives et pédagogiques ; les usagers prennent part à son fonctionnement ainsi que les familles – même absentes -, les quartiers – même éloignés – et la politique sociale – toujours agissante. Travailleurs sociaux, enseignants, cadres et dirigeants ont aussi leur partition dans l’accompagnement des publics accueillis.

A quels présupposés se rallient les discours des travailleurs sociaux pour se subordonner à une clinique à dominante médico-psychologique ? Le risque n’est-il pas de céder à des idéologies préventives, voire sécuritaires faisant de la contestation de l’ordre familial et scolaire, typique des enfants accueillis, une déviation maladive ? Un travail de déconstruction de catégories comme celle de « troubles du comportement » serait fort utile de manière à mobiliser des références non exclusivement médico-psychologiques mais également culturelles, politiques, idéologiques, celles qui œuvrent dans les pratiques quoique rarement dans les discours sur les pratiques.

L’analyse des pratiques peut leur permettre aux professionnels de questionner leurs positionnements subjectifs de subordination à une discipline hégémonique et les conditions objectives dans lesquelles ils exercent leurs métiers, de circonscrire le travail d’accompagnement qu’ils réalisent, ses enjeux et ses visées. Pour prendre acte de l’incontournable complexité des situations qu’ils rencontrent.

Claudine Hourcadet – février 2015

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