“Comment agir sans attendre de l’institution (celle où on travaille ou celle d’au-dessus) une réaction, mais au contraire en l’aidant à changer ?”

1 – La problématique de ces Journées d’ÉtudeTUOT et de Formation vous semble-t-elle représenter un enjeu contemporain ?

2- Quelles thèses comptez-vous développer lors de votre intervention ?

1/ Indéniablement : de façon générale, l’intitulé des journées  – qui laisse entendre que l’institution (quelle qu’elle soit et entendue au sens large – entreprise, administration, établissement, association….) est, en tous sens,  un lieu de travail (on y travaille, ça se travaille, et ça travaille ceux qui y sont) – renvoie à la crise contemporaine des légitimités, qui fait que la révérence et l’obéissance ne sont plus acquises, que l’évidence du rôle, de l’autorité et de la compétence n’est plus acceptée, sans pour autant que la contestation soit révolutionnaire, ni ne passe par d’autres institutions (le syndicat, le parti) , ni même soit collective. Pour autant la perte du statut implicite, qui déstabilise autant la fonction protectrice qu’elle fragilise la production, de l’institution, n’entraîne ni sa fin ni sa perte; elle appelle d’autres rapports à l’institution et une vigilance accrue à son fonctionnement – plus ouvert et participatif et imprévisible et susceptible de combiner de plus nombreuses et divergentes logiques, quittant la monoculture officielle avouée ayant présidé à son institution, elle est aussi moins transparente, plus complexe, source de sens cachés ou d’effets fatals mal maîtrisés. Comprendre la mutation en cours, se l’approprier pour la mettre au service d’objectifs affirmés et clairs est donc essentiel.

2/ Mon questionnement part de la réflexion conduite ces dernières années (notamment dans le rapport ” pour une société inclusive” de février 2013 et autour de la question de l’accueil des réfugiés) sur la question de l’accueil et de ce qu’on appelle encore “l’intégration” des étrangers (ou réputés tels).

Toutes les institutions, notamment dans le champ social, sont discriminatoires de fait ; pourtant, le champ de l’action sociale est celui dans lequel tant la conviction que l’intégration est nécessaire et utile, que la vigilance morale contre les dérives discriminantes sont les plus intenses.

Comment expliquer la persistance de pratiques concrètes qui aboutissent au résultat observé ? Comment agir sans attendre de l’institution (celle où on travaille ou celle d’au-dessus) une réaction, mais au contraire en l’aidant à changer ? Peut-on trouver d’autres modes d’action, quels outils imaginer?

Thierry TUOT, conseiller d’État – novembre 2015

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