Voeux édito LPDC 67Tout l’indique : à commencer par le calendrier, l’échange souvent sincère de vœux plus ou moins pieux, les cadeaux, l’allégresse d’être encore en vie, les bonnes intentions et les bonnes résolutions, quelques rituels familiaux, quelques fêtes publiques… Tout cela indique qu’une année différente de la précédente se met en place – mais est-elle effectivement nouvelle, relativement inédite, voire originale ?

C’est là que le bât blesse. Elle sera nouvelle si nous pouvons forger des projets suivis d’effets que leur mise en œuvre pratique ne dénaturera pas trop. Si nous nous mettons au courant des caractéristiques et des logiques du monde où nous vivons, en traquant sans répit les évidences et autres aveuglements et sublimations. Si nous connaissons la différence entre les mots, à choisir avec soin et à habiter à la fois avec sérieux et avec tendresse, et par ailleurs les palabres, qui sont des mots lâchés en l’air (de plus en plus pollué !), foncièrement inhabités et inhabitables. Si nous passons progressivement mais fermement du narcissisme des petites différences (Freud) à l’ouverture au vaste monde et à ses enjeux (Marx). Si nous nous embarquons dans des aventures collectives parce que l’individualisme, qui aboutit forcément à des impasses, est juste utile pour pleureur sur notre sort et pour nous complaire dans nos malheurs. Si nous cessons de nous imaginer étrangers à l’ordre ou au désordre des choses, complètement innocents vis-à-vis de ce qui se passe et de ce qui ne se passe pas autour de nous. Si nous mettons quelques bémols à la légende d’après laquelle les méchants, les barbares, les pervers, les réactionnaires logent, tous, en face et uniquement en face. Si nous évitons autant l’aigreur du ressentiment que l’angélisme de la bonne conscience. Si nous arrêtons de croire qu’on ne peut rien, que l’économie bouche la totalité de l’horizon, qu’il n’y plus de valeurs ni de principes, que tout revient au même, etc. etc. Si nous ne nous voulons plus complices objectifs de cela même que nous dénonçons subjectivement.

Bref, nous avons une année entière pour la rendre nouvelle – ou pas tellement, voire pas du tout. En attendant décembre, bonne année !!!

Saül Karsz – janvier 2016

Cet article a 2 commentaires

  1. Bernard Pellegrini

    Je lis toujours la Lettre de Pratiques sociales avec intérêt et plaisir. Cette fois-ci, je tiens à dire à Saül combien j’ai particulièrement apprécié son édito ; particulièrement bien ciselé, il touche en plein dans le mille et donne formidablement à penser. Merci Saül pour ces vœux en forme d’épitre vivifiant.
    J’aime également beaucoup les autres articles et salue toute la belle équipe.
    Bien cordialement,
    Bernard.

  2. martin beausire

    merci de continuer à nous inviter à tous ces pas de côtés qui (re)mettent en mouvement mes (nos) immobilismes, secouent mes (nos) institutions intérieures, nous invitent à faire en sorte que la parole désertée soit une parole habitée, le verbe devenant chair ? sans oublier la tendresse.

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