ConsentementS

Certains vocables provoquent des mobilisations, controverses, prises de position, exaltations à foison. C’est le cas, actuellement, du « consentement » – justement parce que ce n’est pas simplement un vocable parmi d’autres mais le porte-parole de dimensions stratégiques de l’existence individuelle et collective : sexuelle, morale, juridique, politique, institutionnelle…

Si le consentement en matière sexuelle concerne un des domaines les plus intimes des sujets humains, cette intimité n’est pas à l’abri des législations (à partir de quel âge le consentement est-il recevable ?) ni des positionnements moraux et doctrinaires (à quelles conditions doit satisfaire un consentement ?). La justice dit-elle quelque chose en matière de jouissance autorisée ou interdite ? Comment la psychanalyse argumente-t-elle ce qu’il en est du consentement ? Bref, la capacité mobilisatrice de ce vocable lui vient des traversées multiples qu’il met en branle.

En effet, aucune de ces dimensions n’est traitée ni traitable sans convoquer les interdépendances qui la relient à d’autres dimensions, leurs articulations incessantes, leurs effets réciproques. Ces va-et-vient intersectoriels constituent une situation de fait, inscrite dans le traitement de chaque dimension, quel que soit l’abordage particulier qu’on lui réserve. Là réside l’impact contemporain de la notion de consentement.

Mais, faut-il en parler au singulier ou bien au pluriel ? Car ce ne sont pas seulement des expériences diverses et variées et des champs disciplinaires hétérogènes qui sont sollicités. C’est la notion qui, elle, suscite des caractérisations sinon des définitions tantôt opposées, tantôt parallèles. Chaque fois, les sous-entendus et les visées diffèrent, les argumentations suivent des orientations qui ont peu ou rien en commun. Leurs recoupements n’aboutissent pas à des unifications, moins encore à des fusions. Sous l’appellation « consentement » on ne retrouve pas un objet unique.

Le pluriel a l’avantage de rappeler que chaque abord, toujours particulier, reste inévitablement incomplet, obligatoirement connecté à d’autres, manifestes ou implicites, reconnus ou déniés. Les singularités ne cessent de s’en nourrir. Ce statut, le consentement le partage avec moult autres notions qui fonctionnent, elles aussi, comme des composites conjoncturels, des solutions de compromis plus ou moins bancales, plus ou moins réussies – quoiqu’il en soit, périssables, modifiables, remplaçables. L’admettre encouragerait des débats probablement toujours passionnants mais sans doute moins passionnels, moins péremptoires. Davantage pensés, davantage opérationnels.

Saül Karsz – mai 2021

Cet article parait aussi dans le Blog Médiapart de Saul Karsz

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