Conditions objectives, configurations subjectives

Lors d’une séance d’analyse des pratiques en établissement accueillant des enfants handicapés, l’équipe se voit dans une impasse quant à l’accompagnement d’un enfant. Les intervenants disent qu’ils s’essoufflent, qu’ils sont à court d’idées, qu’ils baissent les bras, que la direction s’interroge sur les suites à donner au projet personnalisé présenté à la famille, que les tutelles font la sourde oreille à des demandes réitérées de nouveau placement. L’enfant semble rechigner à se laisser saisir, résiste à être accompagné comme on le souhaiterait. Des intervenants vont jusqu’à dire qu’il n’a ni projet, ni désir, ni demande ; par ailleurs ses parents sont décrits comme passifs.

Comment comprendre cette supposée impasse ? Deux paramètres au moins l’expliquent.

Du côté des intervenants, l’équipe se confronte aux limites structurelles des interventions sociales. Celles-ci ne peuvent pas tout, ne sont pas faites pour tout résoudre, n’en ont d’ailleurs pas les outils. Elles participent d’un processus qui part d’une matière première (situations dans lesquelles sont supposés se trouver les publics accompagnés), mobilisent des moyens et des forces de travail (dispositifs, équipements, professionnels dotés de compétences) pour produire des compromis supportables pour les intervenants et les usagers, dans le cadre des missions de l’établissement et des orientations des politiques publiques. Ce sont là en effet des conditions objectives de l’intervention sociale.

Du côté de l’enfant et de ses parents, il importe de repérer les stratégies de collaboration et/ou d’opposition actives ou passives, les projets et désirs dont ils ne sauraient manquer. En effet, les usagers vivent des situations qu’ils font en sorte de rendre les plus vivables possible. Les imaginer exclusivement dans le besoin, pris entièrement dans leurs souffrances s’avère tout aussi présomptueux que de les croire dans la maitrise de ce qui leur arrive. L’absence de demande peut relever d’une écoute hâtive des intervenants et/ou d’un désabusement du jeune et/ou d’un accord tacite des parents avec ce qui (n’) est (pas) fait pour eux. Bref, ce n’est pas la famille uniquement qui se trouve en difficulté…

Ce travail de déconstruction théorique et idéologique, ressource privilégiée de la clinique transdisciplinaire proposée par Pratiques Sociales, permet de questionner le consensus d’équipe et d’inventer des pistes novatrices pour une situation préjugée dans l’impasse.

Claudine Hourcadet – juin 2014

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