You are currently viewing Accueillir l’in-supportable (récit d’une expérience)

1. Polysémique, le terme de souffrance a été, par le passé, abordé sous d’autres angles : « supporter », « tenir debout », «atteindre », « résister à… », « endurer avec fermeté », et dans un sens métaphorique : « laisser une lettre en souffrance »…, autant de déclinaisons à relever dans le travail avec les personnes que nous recevons en consultation psychanalytique. Pour ces personnes, les différentes modalités fonctionnent comme des solutions avec lesquelles elles se soutiennent dans le lien aux autres.

Aujourd’hui, le terme est surtout pris par des courants psychologistes et moralisateurs (courants dominants bien au-delà de la souffrance, d’ailleurs), réduisant sa signification à une responsabilité exclusivement individuelle. Ainsi, quand ce terme de souffrance surgit en lien aux conditions de travail ou même de la vie en société, il peut venir masquer ce qui relève des conditions matérielles d’existence (conditions de production, effets de la mondialisation qui placent les sujets dans des situations d’exploitation et de précarisation insoutenables). Risquent alors d’être effacés – car ni questionnés ni analysés – les bouleversements politiques, économiques, idéologiques, des quatre dernières décennies. Il s’en dégage un mal-être généralisé, et la nécessité de problématiser la question de la souffrance. Or, je ne suis pas la seule à penser qu’en la matière, la psychanalyse reste ici incontournable.

2. C’est à partir de mon expérience en tant que psychanalyste-accueillante dans l’association (loi 1901) Lieu-dit (Franche-Comté) que je voudrais répondre. Créée en 2004, l’Association Lieu-Dit reçoit le tout-venant, de tous âges, de façon anonyme et gratuite, jusqu’à une vingtaine d’entretiens, renouvelable une fois : des sujets amenés à questionner leur souffrance sans pour autant la nommer comme telle, – il est plutôt question de deuil, chômage, déception, dépression, malaise… Ils consultent surtout parce que ce qui les faisait tenir jusque-là ne les tient plus : tout se passe comme s’ils assistaient, tels des observateurs étrangers, aux transformations qu’ils subissent dans leurs liens avec eux-mêmes et avec les autres.

Les consultants, bénévoles, en formation analytique, se réunissent tous les 15 jours pour aborder tantôt la clinique, tantôt le travail théorique, en rapport avec leurs pratiques. Il en résulte un pari et un enseignement.

Pari : essayer de saisir ce qui est devenu insupportable pour le sujet, l’accompagner pour faire face aux transformations qu’il subit et l’aider à trouver en lui des modalités de sortie.Enseignement : pour les consultants, à travers les ressources insoupçonnées et insoupçonnables dont jouit le sujet.

A travers quelques vignettes, j’illustrerai la clinique pratiquée à Lieu-dit à propos de la question dite de la souffrance…

Marga Mendelenko
psychanalyste, présidente de l’association Lieu-dit  [Ile-de-France, Franche-Comté]
Octobre 2012

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.