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Remarques sur une pseudo-destruction

Deux adolescents faisant l’objet d’un accompagnement en pédopsychiatrie présentent des caractéristiques partiellement proches et induisent de ce fait des réflexions analogues de la part des travailleurs sociaux et des équipes soignantes. Dans les deux cas il s’agit de jeunes dont les intervenants perçoivent une grande souffrance, parfois traduite en passage à l’acte : hétéro-agressivité, tentative de suicide, échec scolaire… Dans les deux cas, les professionnels observent des postures éducatives parentales qu’on qualifie de dysfonctionnantes. L’environnement réputé peu stable dans lequel ils évoluent, les troubles majeurs dont ils témoignent ou encore les multiples tentatives (qu’on pourrait croire) vaines pour mettre en place des projets pour l’enfant (donc pas forcément avec lui) conduisent parfois à un sentiment d’échec. L’idée se profile d’après laquelle ces jeunes ont été « détruits » par leurs parents. Or, afin que la prise en charge ne s’abime pas dans une mise en accusation, essayons de dégager quelques pistes de réflexion qui ne soient pas trop embrumées de misérabilisme.

  • Si destruction il y a, elle est forcément multifactorielle. Les politiques sociales qui s’imposent de façon directe ou indirecte aux familles, les programmes scolaires et l’organisation de l’enseignement public et privé, les inégalités sociales, les stratégies managériales dans les entreprises, les logiques à l’œuvre dans l’urbanisme, sont autant de configurations qui ne sont pas sans conséquences sur les destinées individuelles –enfants et adolescents compris. La souffrance d’un jeune que l’on accompagne dans un CMPP ou un service éducatif ne naît ni ne se développe hors-monde, hors-société. Elle ne saurait être imputée aux seuls parents, aussi « défaillants » soient-ils. Cette croyance oublie que nul enfant n’est construit (donc à fortiori détruit) uniquement par ses parents.
  • Si les parents ont un poids sur le devenir des enfants, ils n’en sont aucunement les seuls vecteurs – les principes éducatifs à l’œuvre dans les relations familiales échappent pour partie à leurs protagonistes. Aussi vigoureusement attachés soient-ils aux valeurs qu’ils s’acharnent à transmettre à leur progéniture, les parents sont aussi agis par moult logiques inconscientes qui modulent ce qu’ils pensent être leur parentalité. Aussi, un parent ne « construit » ni ne « détruit » son enfant uniquement comme il l’entend, comme il le veut.
  • Un sujet ne peut être considéré comme détruit qu’en comparaison à des modèles de normalité, particulièrement quand ces derniers ne sont guère interrogés. Les comportements dits déviants (addiction, violence, désertion scolaire) ou la mise en acte d’une souffrance (tentative de suicide, dépression, anorexie) interrogent le rapport à cette normalité et bousculent certains codes sociaux. A considérer ces caractéristiques uniquement comme le signal d’une grande détresse, on risque de passer à côté de la part active du sujet dans ce qui lui arrive, dans ce qu’il essaie – à sa manière, toujours singulière – de mettre en place pour tenir et avancer. S’il ne s’agit en rien de nier la souffrance de certains jeunes, il convient de manier avec précaution les diagnostics à propos de leurs symptômes. Ces derniers sont aussi des « tentatives de guérison » [Freud] et il est donc intéressant de chercher comment ces ados sont construits, comment ils se construisent, plutôt que de se focaliser sur leur destruction. A moins que cette dernière ne permette au travailleur social ou au psychologue de se bercer de l’illusion passablement ambitieuse qu’il lui revient de (re)construire le jeune en question !

Se détacher d’une posture moraliste permet de nouer des alliances, avec les parents comme avec les jeunes. Il s’agit d’esquisser des pistes, d’ouvrir des voies pour un accompagnement novateur, plus que de poser un diagnostic alarmé, telle une prophétie auto-réalisatrice.

Sébastien Bertho – Juillet 2017

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