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Une psychologue qui se laisse enseigner par un usager

La psychologue est en présence d’un enfant accueilli en ITEP. Celui-ci dessine, Foretdessine encore et demande à la professionnelle de ne pas le regarder pendant cette activité. La psy est mise en demeure d’oublier une partie de ce qu’elle sait faire : observer et écouter. Cet enfant diagnostiqué « inhibé », « dans l’évitement de la relation » l’interroge : à quoi peut-elle bien lui servir ? Que peut-elle faire avec lui et pour lui ? Elle a l’impression qu’il possède les mots pour dire ce qui lui arrive mais n’arrive pas à les dire, elle suppose qu’il va très mal et qu’il est pris dans ses symptômes.

Les éducateurs qui accompagnent par ailleurs l’enfant ne rencontrent pas les mêmes difficultés. L’un d’eux raconte que, lors d’une partie d’un jeu de cartes, l’enfant a montré quelques-unes de ses ressources en s’appliquant à tricher car, d’après lui, c’est bien plus amusant que de respecter les règles. L’enfant a eu une idée, qu’il a soumise à la psychologue : il a écrit, en sa présence, une liste de règles pour jouer à ce jeu en trichant. La première règle, suivie par bien d’autres, est : il est interdit de ne pas tricher !

La psychologue se questionne, à juste titre, sur ce que l’enfant attend d’elle. « A juste titre » veut dire ici « à partir de ce qu’elle a appris et de son expérience ». Elle tente d’expliquer – avec ses outils, ses savoirs et aussi ses méconnaissances, ses inquiétudes – ce qui arrive à l’enfant. Elle utilise son arsenal théorique et expérientiel de psy, rien de plus mais rien de moins. Elle écoute mais ne peut pas tout entendre ; elle observe mais ne peut pas tout voir. En premier lieu parce que l’enfant, qui ne se laisse pas entièrement appréhender, ne se réduit pas à ses symptômes. Ce qu’il montre peut ne pas être compréhensible mais n’est jamais dépourvu de sens, ses comportements suivent une logique qui, en échappant à l’interprétation de l’observateur, n’en revêt pas moins une certaine cohérence. Ensuite, il y a des éléments qu’elle retient et d’autres qui lui échappent, de par les principes, modèles et références dont elle dispose – représentations de l’usager et de sa présence en établissement, principes éducatifs, moraux et affectifs, idéalisation du métier, place présumée dans l’équipe d’accompagnement. Bref, des critères à l’œuvre, objectivement visibles et repérables, qui échappent à sa subjectivité.

L’enfant souhaite rester en lien avec elle. D’ailleurs, il ne refuse aucune des occasions de la voir. Il lui montre même une voie à explorer : tricher avec sa fonction officielle et quelque peu ritualisée de psychologue. Tricher, c’est-à-dire tenter d’élucider ses schémas de pensée, revoir les règles avec lesquelles elle balise son travail, sortir des sentiers battus, inventer des manières de faire et de dire, s’autoriser à penser que l’enfant sait quelque chose de ce qui lui arrive.

Claudine Hourcadet – Mars 2016

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