1. La souffrance est le lot quotidien des travailleurs sociaux : celle des personnes accompagnées. Etre sur le bord de la route, voir ses enfants vivre dans de mauvaises conditions, ne pas pouvoir s’insérer par le travail, ne pas avoir accès aux composantes d’une vie agréable dans la société actuelle… Cette souffrance, les travailleurs sociaux savent la gérer, la mettre à distance pour pouvoir s’appuyer sur les compétences et les potentialités des personnes dans le but de les aider à construire et réaliser leur projet de vie. Or, aujourd’hui nous sommes devant une absurdité, un paradoxe : ce sont les travailleurs sociaux qui souffrent. Pas des mêmes choses bien sûr ! Quoique ! La précarité s’étend de plus en plus… et touche aussi les travailleurs sociaux
2. Il existe plusieurs sources à la souffrance des professionnels du travail social, dont quatre qui nous semblent essentielles à appréhender : le sentiment d’impuissance face aux situations vécues par les personnes accompagnées, auxquelles les moyens à disposition ne répondent pas, peu ou mal ; les conditions de travail dans lesquelles ils sont, associées à des modes de management imposés tout à fait inadaptés au champ du travail social ; le déficit de reconnaissance de leur fonction, place et rôle dans la société, ainsi que de leur utilité ; la perte de sens qui en découle, associée à la diminution de repères professionnels clairs auxquels se référer, et ce dès la formation initiale, de moins en moins ancrée dans le développement des identités professionnelles.
Aussi pour que les travailleurs sociaux puissent continuer à travailler sereinement auprès des personnes il est important de prendre en considération cette souffrance, de l’analyser, de la reconnaître et d’essayer d’y apporter des réponses : par la reconquête du sens de nos interventions ; la réaffirmation de nos identités professionnelles et de leur utilité ; le développement de nouvelles marges de manœuvre en alliance avec les personnes accompagnées ; une parole collective politique forte afin que les moyens nécessaires à l’action sociale soient mobilisés.
Françoise Léglise et Elisa Melon
assistantes de service social [Paris-Montpellier], présidence de l’ANAS
Octobre 2012
