Que reste-t-il de nos « Amour(s), haine(s) et autres affects » ?

Trois jours attendus depuis deux ans pour se retrouver, échanger, écouter, penser sa pratique professionnelle et sa vie. Trois jours si consistants, si variés que j’en suis sortie ravie et confuse.

Un mois pour décanter qui n’est pas déchanter. Il faudra certainement plus : le processus d’interrogation de quelques évidences est à l’œuvre. Il vient éroder certaines certitudes, d’autres résistent encore, des perspectives prometteuses s’ouvrent.

Je commencerai par la conclusion : « Qui est le premier de l’œuf ou de la poule ?  Ni l’un, ni l’autre, le premier c’est le rapport. » Comprendre ce rapport dialectique est au cœur des orientations de Pratiques Sociales.

D’emblée il nous a été proposé de renoncer à définir amour, haine… Ce qui reviendrait à figer les affects dans une forme définitive hors contexte, à nier leurs multimodalités, leur relativité. Renoncer aussi à opposer affects et raison. Se rappeler avec Freud que « le sujet n’est pas maître en sa propre demeure », assujetti, porteur d’affects dont il n’est pas forcément l’auteur, son inconscient étant le lieu d’une logique qui le plus souvent échappe.

Les affects sont portés par les corps et soumis à des processus idéologiques dont l’éducation qui façonne des modalités d’expression corporelle, verbale et émotionnelle relativement spécifiques aux différentes classes sociales. Il n’existe donc pas d’affects hors idéologie et hors normes.

La distinction sens / logique a été pour moi fort éclairante. Le sens est une production subjective alors que je comprends la logique comme un processus qui guide l’action vers un résultat attendu. Ce qui vient mobiliser les affects au sein d’une institution pourrait notamment se situer dans la discordance entre le sens porté aux rôles, aux fonctions, aux actes dont les professionnels se sentent investis et la logique énoncée et mise en œuvre au sein de l’institution.  Celle-ci ne dépendant pas seulement d’elle mais aussi des politiques publiques auxquelles les dirigeants sont soumis pour faire fonctionner leur établissement.

Ouvrir des pistes apparait donc « complexe mais pas forcément compliqué ». Il est proposé de travailler Les situations cliniques favorisées ou perturbées par certains affects en analyse transdisciplinaire des pratiques professionnelles pour repérer ce qui les mobilise et par là-même de décrypter le sens et les logiques à l’œuvre. Il s’agit d’identifier comment « Idéologie et Inconscient font nœud » dans un rapport dialectique.

Cette synthèse rapide des trois jours ne reprend que ce qui m’a marquée et qui déjà me sert de fil rouge dans mon exercice professionnel. Elle ne restitue pas la totalité des exposés qui seront bientôt visibles sur la chaine YouTube pour les inscrits aux Journées et ne fait pas mention des exposés des intervenants. Ces exposés sont venus illustrer par des points convergents ou divergents les éclairages théoriques proposés par Saül Karsz.  Ils ont favorisé une mise en perspective et par des situations cliniques et par des apports théoriques quelquefois discordants qui favorisent le questionnement.

Le pas de côté que ces journées proposent de réaliser induit une réorganisation progressive de ces points de vue. Alors ce qui me reste de ces Journées aujourd’hui, ce que j’en évoque dans ces lignes dit bien peu de ce qui a été mis au travail mais suffisamment pour attendre avec impatience les prochaines Journées.

Monique Carlotti – juillet 2021

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