You are currently viewing Nelson Mandela est-il bien décédé ?

Une multiplication d’hommages, certains populaires et chantés, d’autres solennels et compassés, des chefs d’Etat massivement présents à l’enterrement du grand homme, des articles et des ouvrages à profusion, des radio et des TV en continu, et même (déjà !) un film. Mais une question – de fond – demeure, dont la réponse n’est pas anodine. A qui, en effet, les hommages sont-ils rendus ? A Nelson Mandela, sans doute ! Cet artisan éminent d’un mouvement historique en Afrique du Sud n’en fut pourtant pas l’acteur unique et souverain. S’agissant d’un mouvement, aucun homme n’est suffisamment grand pour le déclencher, moins encore pour le porter. C’est en tant que représentant d’un collectif à la fois précis et général, d’une aspiration et d’un souffle de fond qu’un individu donne son nom à quelque chose qui le dépasse – dont il est un prête-nom. Condition sine qua non pour que le dit individu soit plus et autre chose qu’un Héros, un Etre magique, un Demiurge. Même la métaphore galvaudée de « père de la patrie » suppose une épouse et des enfants – sans lesquels le dit père reste excessivement hors pair !

Nous parlons ici d’un dirigeant politique progressiste. Il a participé d’une entreprise de libération politique, idéologique et subjective d’un certain nombre de populations dominées – entreprise dont il reste à pondérer les acquis et les avancées, les stagnations et l’avenir possible. Car cette entreprise est loin d’être parachevée ! Sa lucidité aurait interdit à Mandela d’imaginer un tel accomplissement sans failles parfois béantes.

Cela dit, pareille pondération est rendue superflue quand l’hommage cible l’homme et non l’œuvre, la statue et non le mouvement, le héros et non le pays. Superflue ou pour mieux dire encombrante, fort encombrante : cela impliquerait de recenser la tolérance au moins passive de maintes sociétés occidentales vis-à-vis de l’apartheid, leur indifférence aux discriminations et répressions pratiquées là-bas et reproduites ici… Or, c’est à lutter contre cela que Mandela a prêté son nom et donné de sa personne.

Somme toute, rien de plus économique que l’hommage à l’homme – garantie d’occultation de l’œuvre et de son incomplétude foncière. Reste à respecter l’homme et surtout à désocculter l’œuvre.

Saül Karsz – Janvier 2014

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.