You are currently viewing Le coup de foudre ?

Le coup de foudre nait lors d’une rencontre. Folie passionnelle, déraisonnée et déraisonnable ou bien félicité sublime, il est l’énigme d’un sentiment exacerbé. L’expression serait à rapporter au Banquet de Platon (Vème siècle av. J.-C.). Aristophane, l’un des philosophes et poètes invités à débattre du dieu Eros, décrit à l’origine de l’humanité des créatures androgynes qui, dans leur lutte avec les dieux, vont être scindées en deux. Ainsi amputé par moitié, chaque « Un » est  alors condamné à chercher sa part perdue. Quête rarement réussie mais parfois célébrée dans l’extase amoureuse. Le coup de foudre en est la métaphore.

Nombre de grands récits sont parcourus par de tels amours fusionnels : Tristan et Yseut, Roméo et Juliette, Rodin et Claudel, Bonnie and Clyde, Lady Chatterley et son amant… sans oublier Jack et Rose [Titanic]. Mythologie également présente dans la vie ordinaire de nombre de sujets contemporains en recherche de l’âme sœur. Cinéma, littérature, romans-feuilletons, magazines se font les propagandistes de ces passions grandioses.

Rappelons cependant, l’aphorisme lacanien : « il n’y a pas de rapport sexuel » ; malgré l’interpénétration des corps, le sexuel, loin de réunir, sépare. Il y a une impossible fusion entre les partenaires, pas identité mais altérité. Ce, dans toutes modalités amoureuses, toujours traversée par des dimensions ambigües, contradictoires, imaginaires. Comme l’indique cette autre formule de Lacan « Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ».

Mobilisant d’incontournables dimensions psychiques, le coup de foudre est très souvent assimilé à une affaire intime et privée, de deux ou plusieurs sujets pris dans le mirage de ne faire qu’Un. Pareille lecture s’abime dans le psychologisme. En effet, des conditions extra-subjectives sont nécessaires afin que des rencontres amoureuses aient lieu : contraintes religieuses et culturelles, idéaux et aspirations, appartenances et conflits de classes… Le coup de foudre ne concerne jamais seulement que les amoureux planant au-dessus des contingences sociales. Des grands récits restent significatifs à travers les époques parce qu’ils opèrent comme surface de projection – identification subjectives  et aussi parce qu’ils conservent ou ébranlent des valeurs socialement hégémoniques. A défaut d’enjeux idéologiques et inconscients, le coup de foudre est une belle histoire hors histoire – une affaire céleste. 

Jean-Jacques Bonhomme – mars 2014

 

Cet article a 2 commentaires

  1. ALLIERES

    La foudre ne tombe pas n’importe où et n’importe quand ! Il semble important également de ne pas oublier le poids de l’homogamie dans la formation des couples : « on a du goût l’un pour l’autre parce qu’on a les même goûts » écrivait Bourdieu en 1979 dans La distinction. Le libre choix du partenaire ou du conjoint reste très puissant dans les représentations. Le déterminisme social est un facteur majeur de la rencontre amoureuse (et pas que !). Le f

  2. Allieres

    Je n’avais pas fini !!!…
    Le fait de s’en remettre au hasard est une manière populaire d’affirmer son autonomie face aux interventions extérieures alors que d’autres milieux se procurent cette assurance en privilégiant les rencontres en petit comité. Voir à ce sujet les travaux du couple Pinçon-Charlot (« Dans les beaux quartiers »)et de Marie-Noelle Schurmans ( « Le coup de foudre amoureux : un phénomène social ? » ).

    A bientôt j’espère
    Gilles ALLIERES

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