Je suis responsable de services en association depuis plusieurs années et je viens témoigner de mon expérience de l’autorité, celle qui s’impose à moi et celle que je suis censée détenir et imposer à mes équipes.

L’autorité s’exerce par :

Les pouvoirs publics sur les organisations remplissant une mission de service public ; le système hiérarchique au sein de ces organisations ; les travailleurs sociaux, porteurs de la commande publique auprès des personnes bénéficiaires de l’aide publique.

L’autorité de l’aide publique s’impose aux personnes en situation de vulnérabilité, de précarité. Pour obtenir de l’aide, les personnes sont supposées accepter que d’autres – les travailleurs-sociaux – détiennent un savoir, des compétences qu’elles n’ont pas et à qui elles doivent « obéir ». Leur marge de contestation de cette autorité est quasi impossible au risque de perdre l’aide dont elles ont besoin. De nouvelles formes de mise en œuvre de l’aide publique voient le jour pour diminuer cette asymétrie dans la relation d’aide à sens unique : participation des usagers, pair-aidance, collectif d’usagers ; de là pourrait venir une contestation constructive pour qu’une compétence d’expérience soit aussi valable qu’une compétence d’expertise.

En attendant, les injonctions de l’aide publique demeurent : les personnes bénéficiaires se doivent de justifier leur statut de précaire pour recevoir de l’aide.

Dans une organisation de travail, le respect de l’autorité est basé sur un contrat impliquant de reconnaître la place de chacun mais a besoin pour s’incarner que celui qui reçoit cette autorité reconnaisse comme légitime celui qui la détient, lui reconnaisse son statut hiérarchique et ses compétences de « chef ».

En contrepartie le détenteur de cette autorité doit accepter qu’elle lui soit contestée, discutée, pour la faire vivre et grandir. Il doit accepter que ses décisions ne soient pas toujours justes et cette contestation ouvrira le dialogue nécessaire à renforcer sa position.

En tant que responsable d’équipe, j’accepte cette contestation et je viendrai témoigner de ce qu’elle me fait vivre en tant que professionnelle et en tant que personne.

Et, dernier point pour moi, qu’en est-il quand en tant que responsable une commande ne me paraît pas juste, qu’elle vienne de ma hiérarchie interne ou de la commande publique ?

Je témoignerai de mon expérience et de ma posture sur ce sujet.

Vivons-nous une crise de l’autorité ? Difficile de répondre. Je ne vis pas dans ma pratique professionnelle de crise de l’autorité si ce n’est que je ressens un affaiblissement des pouvoirs publics, qui manquent cruellement de moyens humains et financiers et qui peut-être de ce fait manquent d’imagination dans leurs commandes, voire n’ont plus de commandes et demandent aux acteurs d’être force de proposition. Je pense cependant que nous vivons une crise de déresponsabilité. Impossible de trouver un interlocuteur et donc une réponse en cas de rupture de droits pour une personne en situation de précarité.

Malika Benzineb – septembre 2024

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