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You are currently viewing Voyage autour d’une question complexe

J’ai voulu me rendre en Israël pour aller à la rencontre du berceau des trois religions monothéistes. J’ai eu besoin d’aller me confronter à mon judaïsme, ressenti la nécessité de me trouver dans la réalité d’un pays où être juif est la norme dominante, celle d’une patrie pour un peuple opprimé depuis des siècles. Désir subjectif, intellectuel, politique.

Qu’ai-je observé ? Une démocratie où le Culte et l’Etat sont officiellement séparés et qui reste animée par une idéologie communautaire oppressive telle que cette démocratie ne peut aucunement inclure tout le monde. Un pays traversé par une logique militaire où les rapports de force saturent l’espace. Un Etat confronté à des guerres incessantes au sein desquelles des enfants sont tour à tour militaires et/ou boucliers. Israéliens : juifs ou arabes, Palestiniens : musulmans, Orthodoxes : juifs, chrétiens ou islamistes – tour à tour victimes et/ou persécuteurs.

Pourtant, à Jérusalem, devant le Mur des Lamentations, la Mosquée et le Saint Sépulcre, un sentiment de profonde quiétude m’a troublée. La fiction d’une puissance divine est si fortement matérialisée dans ces lieux sacrés qu’elle se prête au rêve d’une réconciliation possible entre tous les hommes, à l’illusion d’un seul monde, au songe d’une humanité réunie. Fantasme fugace, cependant ! Car cette terre est à la fois promise et perdue, sainte et guerrière, constituée de territoires disputés et de propriétés inappropriées.

A l’issue de ce voyage, des faits observés sur place et des tensions contradictoires provoquées en moi, il m’apparait nécessaire de travailler le rapport intime au judaïsme, la fidélité consciente et inconsciente à un héritage familial et social. Travailler donc sur la construction idéologique représentée par le syntagme « être juif » qui recouvre des enjeux identitaires mais également économiques et politiques, noués par des logiques nationales et internationales.

Dans cet imbroglio, investissement psychique d’un patrimoine familial/culturel et tentative d’élucidation idéologique et politique ne s’opposent pas frontalement. Question : est-il possible de démystifier les semblants, les sublimations et autres constructions religieuses tout en persistant dans la croyance ?

Claudine Schoukroun – janvier 2015

Cette publication a un commentaire

  1. Yann Hody

    Belle approche et question pertinente .
    Persister dans la croyance ? Y-a-t-il forcément antinomie entre réalité politique , « lucidité « par rapport à un constat des choses vues , héritage culturel et ce qui relève de l’intime : croire.
    A mon sens non, même si la pelote peut s’avérer bien difficile à démêler…Le regard critique n’exclut pas qu’une part mystique ( religieuse ? ) puisse perdurer en chacun de nous. Elle puise aux racines profondes de notre être , dans nos premières cellules conscientes , à l’époque ou l’inquiétude naturelle face à la complexité du monde se devait d’être apaisée par des réponses, l’une d’elle a été de créer des dieux, et des mythes. Ils sont encore là quelques millénaires plus tard et certainement en Israël plus présents ( prégnants ? ) qu’ailleurs, donc difficile d’y échapper, l’actualité récente nous l’a douloureusement rappelé. Oui décidément cette pelote est bien difficile à démêler , mais n’est-ce pas ça qui rend la vie passionnante ?

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