Déclaration d’amour

« J’aime ma boite !quelques affiches dans le métro parisien l’affirment à force d’images à connotation festive et nous incitent à faire de même. Une journée spéciale y est consacrée : le 1er octobre, fête des entreprises !

On lit sur le site du Parisien (31.08.2015), « on constate que le bien-être et l’épanouissement des salariés sont des facteurs de plus en plus importants pour l’efficacité de l’entreprise, dans un contexte économique particulièrement difficile, dans lequel il faut faire preuve de toujours plus de productivité et de performance mais aussi d’ingéniosité et d’imagination… Une journée au cours de laquelle les barrières hiérarchiques sautent et laissent place à un fort moment de cohésion et de convivialité ! »

La vie au travail n’est pas que chagrin, nous pouvons apprécier notre activité professionnelle, nos collègues, nos chefs. Toutefois, il est étonnant que cette notion de plaisir soit associée à la dénomination « boite », qui n’est guère plus engageante qu’une cellule. Une petite voix susurre à notre oreille. Elle nous rappelle que nous sommes certes emprisonnés, soumis à des contraintes, mais nous propose une solution : ni sortir, ni faire tomber les murs de notre prison mais y trouver du plaisir. Pas question de nous duper mais de nous faire apprécier nos conditions de travail : horaires extensibles, objectifs inaccessibles, déjeuners escamotés, sommeil affecté, « temps libre » perdu dans les méandres des souterrains urbains.

Dépassées les luttes menées pour essayer de distinguer et d’équilibrer vie professionnelle et vie privée – autant de tentatives pour reprendre un peu de pouvoir sur son corps, sur ses forces, sur son temps, sur sa vie. Tentative illusoire peut-être, quoique nécessaire, pour s’imaginer avoir quelque maitrise de soi et du monde. Dépassées aussi les années d’éloge de la froideur, d’invitation au calcul, de formation à la claire et tranchante pseudo-objectivité des chiffrages en tous genres. Finie l’époque où nous étions sommés de laisser affaires privées, affectivité et émotions à la porte du bureau, de l’usine ou de l’ordinateur.

Voici arrivé le temps de la subjectivité – reconnue, encouragée et, surtout, utilisée à bon escient.

« J’aime ma boite ! » Freud expliquait déjà la place de la fête, moment autorisé d’infraction aux interdits, afin de supporter les renoncements et limitations auxquels l’individu se soumet.

Bref, il paraît difficile de départager ce qui l’emporte du cynisme et/ou du sadisme dans cette déclaration d’amour.

Cécile Peltier – novembre 2015

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