You are currently viewing Température réelle, température ressentie

Depuis quelques mois, les bulletins météo annoncent, en France, mais cela se fait déjà ailleurs, deux températures : l’une qu’on dirait réelle, mesurée, mesurable, objectivable, et l’autre appelée ressentie. Celle-ci fait intervenir d’autres variables (le vent, être à l’air libre ou sous abri), est davantage subjective et finalement plus complexe, sinon plus fine que la température objective.

Distinction fort intéressante, au demeurant. Elle renferme trois leçons au moins. La première est la distinction elle-même, soit la nécessité de tenir compte de plusieurs éléments pour affiner la mesure de la température réelle, pour expliquer que certaines personnes ont froid malgré une température plutôt moyenne, tandis que d’autres transpirent… Hypothèse : la température réelle est toujours ressentie. Le thermomètre annonce 6 degrés et on a froid avant même de quitter la maison. En revanche, quand on est sans domicile fixe il est habituel qu’il fasse frisquet, même au printemps…

Deuxième leçon : parler de température réelle et non seulement ressentie ne découle pourtant pas du point de vue de l’absolu. L’absolu, d’ailleurs, n’émet pas de « points de vue », par définition partiels et rectifiables. Il y a bien une réalité de la température, réalité élaborée à l’aide d’instruments, échelles et classifications, et aussi de variables dont on tient compte ou pas ; l’interprétation de ces variables contribue à déterminer la température réelle. Comme nous disons à Pratiques Sociales : il y a bien une objectivité, – qui n’est pourtant pas idéologiquement neutre.

Hypothèse : la température ressentie a été inventée au vu de la difficulté de reconnaître la présence dans la température réelle des données qui pourtant en font partie…, – à l’abri ou à la rue ? chauffé ou pas ? manteau rembourré, manteau défraichi, pas de manteau ? nourri ou affamé ?

Troisième leçon : cette distinction météorologique se présente dans moult domaines, dans de multiples circonstances. Exemple : lors d’un meeting (01.03.2012) François Hollande explique, deux fois d’affilée, qu’il faut battre… la gauche (sic) ! La gauche réelle, celle qu’on ressent, celle qu’on imagine ? Hypothèse : pas de ressenti politique d’où l’inconscient serait absent ! Un exemple encore : interrogé à la radio (02.03.2012) sur le partage des richesses, le baron Sellières confirme qu’elles sont bel et bien partagées…, mais que certains ne le ressentent pas ainsi. Hypothèse : toute opinion personnelle témoigne d’une idéologie toujours à l’œuvre.

Reste la question essentielle : pour quelle température faut-il s’habiller ? Ressentie et-ou réelle, il est impératif de décider, il est impossible de ne pas prendre position…

Saül Karsz – Mars 2012

La publication a un commentaire

  1. Philippe Jouary

    Bonjour Pratiques Sociales,
    Ne résistant pas au plaisir un peu pervers sans doute d’entendre François Hollande exliquer comment battre la gauche, je suis allé jusqu’à écouter le meeting du 1er mars 2012, ce que n’a sans doute pas fait – on peut le comprendre et lui pardonner ! – le rédacteur de l’article. J’ai donc googlesisé l’affaire et retrouver l’objet : la leçon a été administrée le 24 novembre 2011, lors du congrès d’investiture du candidat désigné par les Primaires. Pour ceux qui veulent le voir pour le croire, voici le lien : http://dai.ly/aVsVY2. Pour les autres, voici la phrase en question : « • Il faudra leur rappeler cette leçon simple que si l’on veut battre la gauche y a qu’avec….euh.. pardon si l’on veut battre la.. gauche.. (rires dans la salle) on peut toujours le faire en votant… à droite mais si on veut battre la gauche avec.. la droite …mais si on veut battre la droite, c’est avec la gauche !!! Pour ma part, je retourne à des plaisirs plus sains, ceux des discours de Jean-Luc Mélenchon par exemple…
    Cordialement,

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