Retour du refoulé

« Le retour du refoulé est le processus par lequel  les éléments refoulés, conservés dans l’inconscient, tendent à réapparaître dans la conscience ou dans le comportement par l’intermédiaire de formations dérivées plus ou moins méconnaissables : les rejetons de l’inconscient [formule de Freud]. Lapsus, actes manqués et symptômes en sont des exemples. » [J.-F. Rabain, dans Dictionnaire international de la psychanalyse].

Définition à plusieurs égards intéressante. Tout en détaillant des fonctionnements inconscients dont aucun humain ne saurait manquer, elle décrit bien le sort contemporain du concept d’idéologie. Voilà un concept refoulé, forclos, intraitable, définitivement dépassé, qui ne cesse pourtant de faire retour, une et autre fois, obstinément, sous des allures différentes, en adoptant les oripeaux les plus extravagants. On ne parle plus d’idéologie, mais plutôt de principes éducatifs, de morale et d’éthique, de familles en difficulté, et, exemples paradigmatiques, d’humain et de normal. Il paraît même que certains sujet sont des asociaux ! Ces notions ont, toutes, un sens, – des sens, plutôt – qui divergent, qui s’opposent même selon les points de vue, les courants d’opinion, les intérêts. Comment le comprendre sans identifier les idéologies que ces notions confirment et celles qu’elles combattent ? On épingle les idéologies d’autrui, comme si soi-même on en était dépourvu : or, même les psys font des lapsus, développent des symptômes, pratiquent des actes manqués. Bref, on parle très peu d’idéologies, mais ce sont des idéologies qui font beaucoup parler ou abondamment se taire. Des idéologies, soit des conceptions du monde et de la société, des idéaux scolaires et familiaux, des orientations sexuelles… qui visent à perpétuer les rapports sociaux en l’état ou qui encouragent leur transformation. On peut manquer du mot « idéologie », mais certainement pas de la chose, notamment quand on préfère ne pas trop savoir sur quoi on est en train de se positionner…

Cette définition montre encore autre chose. Le destin du concept d’idéologie et le destin du concept d’inconscient ont, aujourd’hui plus explicitement que jamais, partie liée. Il est devenu impossible de traiter de l’un sans, d’une manière ou d’une autre, traiter de l’autre. Ils ne se surajoutent pas, de l’extérieur. Chacun est immanent, interne, intrinsèque à l’autre. Chacun est le symptôme de l’autre ! Ce qu’on entend par idéologie module des perceptions typiques et typées à propos de ce qu’est l’inconscient ; vice-versa, le déroulé d’une cure n’est pas, quant à lui, idéologiquement indifférent, ni ses effets uniquement subjectifs. L’idéologie ne relève pas uniquement du collectif : il y en a dans l’intimité la plus intime ; l’inconscient va de la chambre à coucher à la chambre des députés…

Impossible d’argumenter davantage, dans l’espace réduit de ce PasDeCôté. Importe surtout de souligner que ce nœud entre idéologie et inconscient et ses multiples ramifications théoriques qui sont aussi éminemment pratiques, est l’objet de travail à Pratiques Sociales. C’est à ce travail que vous êtes, cher-e lecteur-lectrice, convié-e.

Saül Karsz – Août 2011

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