Deux jours, une nuit

Film de Jean-Pierre et Luc Dardenne (mai 2014)

Deux jours, une nuit, pour livrer bataille… pour un emploi, pour disposer de ressources, pour une situation sociale. Une bataille pour soi, sur soi, pour une vie dans un monde réduit à une vision binaire en termes de problème/solution, question/réponse : Sandra garde son emploi et les autres perdent leur prime de 1000 euros, Sandra perd son emploi et chacun gagne 1000 euros. La prime est la récompense offerte en contrepartie d’une augmentation du temps de travail pour pallier l’absence de Sandra en arrêt maladie pour dépression. «Travailler plus pour gagner plus » ? Oui, mais forcément au détriment des autres.

La course s’engage. Sandra rencontre un à un ses collègues à leur domicile pour les convaincre de se prononcer en sa faveur et de renoncer à la prime. Chacun tente d’affronter, sublimer ou refouler les contradictions de la situation : avec et contre soi-même, avec et contre l’avis des autres salariés, avec et contre l’avis de sa famille. Ni bons ni méchants, tous sont pris dans une logique de précarisation – pas qu’économique d’ailleurs. Des fossés se creusent, des alliances se recomposent, des prises de conscience suggèrent l’émergence d’une éthique. Sont questionnés : les solidarités, le rapport à soi / à l’autre/ aux autres / aux conditions d’existence auxquelles chacun est confronté.

Les frères Dardenne, réalisateurs, nous offrent une simplicité apparente pour mieux nous laisser percevoir la complexité où se nouent trois logiques : sociale, économique et psychique.

Claudine SCHOUKROUN – juin 2014

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.