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« Austérité » est le nom d’une cure douloureuse mais parait-il indispensable et urgente, sorte de purge imposée pratiquement partout en Europe pour éviter des maux supposés encore plus accablants. Cependant, ses causes, son impérieuse nécessité, voire sa durée sont tenus pour évidents, donc sous-entendus, opaques, non interrogeables. Pour cause : il aurait fallu expliquer comment et pourquoi on en est arrivé là… ! Explication improbable sans questionner la logique du système qui nous gouverne, la récurrence de ses crises, la responsabilité des décideurs et autres arpenteurs de paradis fiscaux. Tous comptes faits, rien de plus raisonnable que de rester dans le flou des énoncés, des raisons et des arguments, tout en imposant des contraintes de plus en plus sévères aux fonctionnements institutionnels et sociaux.

Austérité pas seulement financière (liquidités, paiements, comptabilité), mais aussi économique : réaménagement de l’ensemble des dépenses, prestations, services, – publics, parapublics, et par ricochet privés. Austérité pas seulement économique, mais aussi politique : décisions concernant l’allocation des ressources disponibles et leur montant, prétention d’après laquelle crise et austérité toucheraient de la même manière toutes les couches et groupes sociaux, – ce qui est radicalement faux ! Austérité également idéologique : la morosité ambiante et le renfermement dans le chacun pour soi attestent d’une austérité étendue, pernicieuse, protéiforme telle une hydre avec bien plus de sept têtes, dans les rapports entre les gens et dans la subjectivité de chacun…

Heureusement, l’horizon semblerait se dégager quelque peu. Le printemps arrive en Europe. Sous la pression conjointe de revendications et mouvements venant de toutes parts en Europe, constatant que le remède de l’austérité inflige autant de dégâts que le mal auquel elle est censée remédier, les responsables politiques annoncent que cette politique pourrait être nuancée, ses contraintes diminueraient, ses effets seraient quelque peu amoindris…

Qu’en déduire ? Il faudra connaître l’ampleur de cet allégement qui, sans nullement mettre en cause l’orientation d’ensemble, introduirait quelque respiration appréciable. Mais, dès à présent, une leçon en découle, qui n’est pas mince. Il est envisageable de modifier la politique d’austérité parce que celle-ci n’a rien d’intangible, d’intemporel, d’indispensable. Elle est, comme toute politique, susceptible de changements mineurs ou majeurs. Que les jeux ne soient pas faits du tout, n’est-ce pas là une bonne petite nouvelle ? Laquelle, du coup, interpelle notre responsabilité individuelle et collective, notre participation à l’ordre du monde. Même si les marges de manœuvre sont étroites, nous pouvons ne pas être seulement des victimes.

Saül Karsz – Juin 2013

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