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Une famille composée

A propos du film de Hirokazu Kore-eda Une affaire de famille (Palme d’Or 2018 à Cannes)          

Toute famille est toujours le résultat d’une composition plus ou moins aléatoire : génétique, biologique, géographique, psychique, historique, sociale. De la famille monoparentale à la famille recomposée, un large éventail de configurations existe, sans compter la famille imaginaire et la famille idéale qui viennent enrichir un tableau encore incomplet.

Chacun d’entre nous a été « convoqué à naitre[1] » dans un endroit précis et à une époque donnée, au milieu de géniteurs et de parents en devenir qui souhaitaient ou pas notre venue, qui l’imaginaient ou l’appréhendaient, qui ont préparé un accueil singulier et ménagé un environnement propice ou hostile.

Certains s’accommodent de la famille dans laquelle ils ont échoué, d’autres la fuient physiquement (fugue, suicide) ou symboliquement (défiance, prise de distance, haine). Rares sont ceux qui l’ont choisie, si tant est qu’on puisse le faire « en toute connaissance de cause », tout choix, y compris le mieux éclairé, étant balisé par des engoncements et ouvertures idéologiques, des barrières et pousse-à-agir subjectifs et des contraintes et opportunités de classe.

C’est à Shibata (Japon) que le réalisateur d’Une affaire de famille place les protagonistes de son histoire. Pour subsister, ils vivent de travaux peu rémunérateurs et de rapines, dans un quartier populaire et une masure fort modeste dans laquelle ils font malgré tout éclater les rires. Le spectateur peut facilement imaginer une famille relativement classique de trois générations vivant ensemble. Au fil des images, la surprenante réalité apparait : cette famille est constituée de « pièces rapportées » qui, si elles n’ont pas toutes opté pour vivre ensemble, acceptent de partager toit, nourriture et projets. Elle évolue dans un pays dont les clivages sociaux entre très riches et de plus en plus pauvres marquent des destinées pratiquement indépassables. Survivre c’est se plier quelque peu aux règles du vivre-ensemble. C’est aussi les contourner et inventer des modalités de vie et des comportements dits déviants pour assurer ses jours et un équilibre qui, s’il est économiquement précaire, s’avère affectivement salvateur et porteur de quelques jouissances tant terrestres que symboliques. C’est dans le faire-famille que les personnages du film se montrent particulièrement inventifs.

Car faire famille malgré les conventions sociales n’est pas donné à tout le monde tant le poids des coutumes et des normes est fort et lourds les dettes et devoirs que l’on a ou que l’on pense avoir vis-à-vis de ses ascendants et descendants, de ses voisins et de ceux qu’on a contribué à placer aux postes de commande. Le privé des familles, même dans une demeure à l’abri de tout regard, n’échappe pas aux affaires publiques de la formation socio-économique dans laquelle elles se trouvent, ni aux appareils d’Etat qui les encerclent et traquent toute dérogation à la règle. C’est ce qui va emmener le clan de Shibata à (se) rendre quelques comptes, à dissoudre ce qui lui tenait lieu de famille. Un film subtil et poétique pour ce qu’il nous dit des marges de manœuvre qu’on peut investir pour tenter de s’en sortir, c’est-à-dire demeurer là où on vit sans payer trop cher.

Claudine Hourcadet – janvier 2019

[1] Saül Karsz, Mythe de la parentalité, réalité des familles, Paris, Dunod, 2014, chapitre 1

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