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“Et toi, si tu gagnais au Loto, qu’est-ce que tu ferais?”

On se souvient de cette publicité où un homme qui vient de gagner au Loto apparaît masqué et en caleçon dans une réunion de conseil d’administration et s’exclame, en guise de démission : “Au revoir président, au revoir président !”. Séquence laissant supposer le soulagement d’un homme se retirant des griffes du monde du travail pour démarrer une nouvelle vie permise par son gain pécuniaire. Tout autre est l’utopie de lendemains qui chantent portée par le film La belle équipe [Julien Duvivier – 1936]. Cinq copains, ouvriers ou chômeurs, remportent le gros lot et décident de mutualiser la coquette somme pour créer un lieu de partage et de convivialité. Ils se voient copropriétaires d’une riante guinguette, qui mettrait chacun à l’abri du besoin de façon durable.

Des malentendus ont fait de ce film à l’apparence joviale l’un des symboles cinématographiques du Front Populaire. Film supposé célébrer le primat du collectivisme, une insouciante bonhommie et une solidarité de classe infaillible. Or, le ciel des idéaux va vite s’obscurcir pour laisser place à diverses tâches d’ombre. Vont y éclore des rivalités amoureuses (entre Jeannot et Charlot), des menaces extérieures au groupe (le policier traquant Mario le sans-papiers), voire du mépris et même de fugaces manifestations de haine. Malentendu également car metteur en scène et scénariste ont explicitement indiqué leur peu de préoccupation à l’égard de l’Histoire politique en train de s’écrire. Ils semblaient par contre avoir perçu qu’une aventure à dominante collective n’exclut pas les fantasmes, angoisses et autres jalousies de chaque protagoniste – aspects qui occupent une grande part du film. Malentendu enfin car, avant même que la belle équipe ne se disloque peu à peu, ses membres semblent courir après une vie « à la cool » faite de joyeux festins et de « promenade au bord de l’eau »[1]. Autant d’aspirations qui ne se situent pas précisément dans la quête d’une émancipation par le biais de l’entraide ouvrière.

Il faudra attendre de nombreuses années avant de pouvoir visionner ce film avec la fin initialement concoctée par Julien Duvivier (réalisateur) et Charles Spack (scénariste). Fin plus noire, plus âpre, à laquelle avait été préférée un happy-end jugé plus en phase avec le climat d’espérance portée par l’arrivée au pouvoir du Front Populaire.

Que l’on se situe dans l’entre-deux guerre des conquêtes sociales ou bien dans l’ère néo-libérale d’un capitalisme qui érige le plus-de-jouir en valeur phare, les valeurs à l’œuvre dans une époque ou couche sociale ne peuvent expliquer à elles seules la destinée ou les projets d’un chanceux gagnant au Loto.

[1] Chanson devenue mythique entonnée par Jean Gabin.

Sébastien Bertho – Janvier – Février 2018

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