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Témoignage : Idéologie et pratiques professionnelles

Directeur d’un internat scolaire pour adolescents garçons de 12 à 18 ans[1] , placés par le service de protection des mineurs du canton de Vaud (Suisse), il m’a été donné l’opportunité de réfléchir à comment dans mes pratiques[2], je travaille avec et sous la question de l’idéologie. Vocable surchargé de connotations négatives, présenté comme si d’un coté il y avait l’idéologie et de l’autre, autre chose, de bon… de juste…, sans que l’on sache trop quoi.

Mais, que signifie l’intitulé : « idéologie et pratiques professionnelles » ?

Dans idéologie on peut voir des opinions, discours et pratiques en lien avec la condition sociale de l’émetteur, soit le point de vue de classe qu’il cherche à affirmer ou à refouler.  Pas de neutralité idéologique, donc. Nécessité et intérêt pour les intervenants de se situer aussi explicitement que possible (B. Martinelli).

Les pratiques ne sont pas les praticiens (S. Karsz). Elles recouvrent bien plus que les seuls praticiens qui s’y engagent, elles concernent les cadres de référence, l’histoire sociale, les procédures, les publics… Les pratiques traversent les praticiens et les dépassent.

Des pratiques professionnelles désignent des activités rémunérées, faisant partie des conditions matérielles des intervenants. Ces conditions influencent leur manière de travailler, de se représenter leur activité.

Dans le quotidien de mon travail de directeur, cela va guider mes interventions. Au niveau de l’équipe éducative, cela commence dès l’engagement du personnel. En effet, si on s’appuie sur  les idéologies comme des systèmes d’opinions et de pratiques, cela sous-entend qu’il y a plusieurs systèmes qui se confrontent, s’accordent et-ou divergent… Lors de l’engagement du personnel, on fait toujours vivre dans une équipe des valeurs et des options différentes, plus ou moins affichées ou sous-jacentes. A partir du moment où l’on a décidé qu’il n’y a pas une seule bonne manière d’accompagner des adolescents, on va entretenir la différence. Il faut donc accepter que des personnes qui ne défendent pas les mêmes options pédagogiques que vous soient membres de l’équipe. Une partie du travail de direction avec l’équipe consiste à mettre en avant les points de divergence non pas comme des fractures, mais comme des orientations à interroger. Dans les discours, et aussi dans les pratiques.

Les pratiques éducatives sont des idéologies en mouvement, en pratique justement. La manière de faire ranger sa chambre à un adolescent en foyer est une pratique professionnelle et, indissociablement, une pratique idéologique. Comment interpréter le refus d’un jeune de ranger sa chambre ? Acte de confrontation, mais aussi peut-être l’occasion de rappeler aux éducateurs que chez lui, il n’y pas la place d’avoir sa chambre, voire son lit…

Ce rôle des idéologies matérielles est trop peu pris en compte, trop eu peu parlé par les intervenants. Cependant, s’appuyer sur ce genre de lecture peut aboutir à confondre « excuser » et « essayer de comprendre ». Mais l’enjeu peut être totalement différent : j’y reviens plus bas…

Pour ce qui est des adolescents…

Une difficulté dans l’accompagnement des équipes, et des équipes éducatives en particulier, est la tendance à confondre la cohérence d’équipe et la convergence d’opinion. Il n’est pas rare qu’un intervenant dise que « l’important c’est de dire la même chose et faire la même chose » pour être cohérent « face » aux jeunes… En tant que directeur, je ne défends pas l’anarchie, ni l’insécurité dans l’institution, mais il faut savoir qui on cherche à rassurer.

A 13, 14, 15 ans les jeunes savent bien que les adultes ne sont pas toujours d’accord entre eux (depuis l’âge de 7 ans, avec la fin de la pensée magique[3]). Donc travailler avec les adolescents sur des points de divergence entre adultes, c’est une manière de lutter contre le fait qu’il y aurait UN sens commun. C’est questionner un élément significatif de l’idéologie dominante… ce que pratiquent déjà largement certains adolescents.

Cela demande beaucoup d’accompagnement de l’équipe, car pour des intervenants cet abord de leur travail peut devenir insécurisant. Ici se joue parfois le rapport du professionnel dans la représentation qu’il a de lui-même. S’il se perçoit principalement comme porteur (et donc transmetteur) de codes sociaux, il peut être confronté au fait de se sentir pris entre ce qu’il interprète comme norme[4] et la réalité du quotidien, il peut alors douter quant à sa fonction, de son travail. A contrario, celui qui perçoit sont travailles aux côtés des usagers, contre la société [.1] peut s’il entreprend un lecture critique de sa pratique à partir de questions autours des idéologies, s’apercevoir qu’il est porteur lui aussi de norme de la dite société.

Pour revenir aux jeunes, c’est leur permettre de « décoder » le monde dans lequel ils évoluent. Les jeunes sont-ils sans repères ? Sans doute devrait-on dire qu’ils ont d’autres repères que les générations passées. Dans un monde multiforme, permettre à des jeunes de penser la pluralité des idées, des opinions, des valeurs c’est aussi leur donner les moyens de s’assumer autrement que par le refus de ce que les adultes leur proposent. Ce positionnement est une posture idéologique, quoi qu’il en soit,  que nous le voulions ou pas. Son analyse fait partie de l’intervention sociale.

Il s’agit de réhabiliter une certaine conception positive de ce que sont les idéologies : nullement en opposition au sens commun, mais comme une dimension incontournable dans la réalité sociale, chez les intervenants sociaux, les jeunes, les familles. Il ne s’agit pas de savoir si l’on voudrait ou pas faire de « l’idéologie », puisque les actes éducatifs en sont entièrement traversés. Mais plutôt de savoir par quelles idéologies sont traversés nos actes éducatifs.

Bertrand Martinelli – août 2011

Bibliographie

Fustier P. Le travail d’équipe en institution (Paris, Dunod, 2004)

Lebrun J.P. Y a-t-il un directeur dans l’institution ? (Paris, Presses de l’EHESP, 2009)

Martinelli B. «Management d’institution sociale, la nécessité de se situer idéologiquement»revue Empan, n° 78, 2010.

Karsz S. Pourquoi le travail social ? Définition, figures, clinique (Paris, Dunod, deuxième éd. 2011).

 


[1] Pour en savoir plus, www.homecheznous.ch

[2] Ce texte est le support d’une intervention réalisée lors d’un cycle de conférence à l’Université Populaire d’Arcueil (France)

[3] Système de représentations des tous petits qui leur font par exemple dessiner un soleil avec un sourire comme si c’était une personne. Et come si les personnes souriaient tout le temps !

[4] Norme est ici à comprendre comme tendance dominante.

[.1]D’accord avec SK pour dire que cette phrase n’est pas claire ; elle semble dire deux fois la même chose.

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1 commentaire(s)

Danièle Weiss

Le 2 septembre 2011 à 16 h 57 min - Répondre

Je trouve intéressant votre association entre pratiques professionnelles et idéologie si l’on considère les acteurs sociaux comme des individus. cependant, ils interviennent au sein d’une institution et au sein d’un collectif de travail. Pour éviter le politiquement correct qui ne correspond à rien du vécu du jeune ou de l’idéal du moi du travailleurs social, il me semble important d’en passer par des débats au sein de l’équipe pour rencontrer un minimum d’accord en fonction de la finalité de l’institution.
Merci pour votre texte. Danièle Weiss

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