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La Sociale et la guerre des mots

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance élabore un programme adopté par les différents partis politiques ayant participé au mouvement de la Résistance. Y figure « un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

A partir de ces bonnes résolutions, tout reste à faire, à commencer par le détricotage des dispositifs sociaux en place – régimes spéciaux, caisses diverses et autres mutuelles – afin de constituer un régime général, soit une caisse unique pour l’ensemble famille, santé, vieillesse, accidents du travail et maladies professionnelles. Il a fallu une conjonction d’éléments pour que naisse ce que nous appelons familièrement « La Sécu ». Tout d’abord l’opiniâtreté d’un ministre communiste, Ambroise Croizat, qui après avoir payé la fidélité à ses convictions par la perte de sa qualité de député de Paris, la prison et le bagne à Alger, a forgé des alliances avec la commission consultative du Comité Français de Libération Nationale et avec l’appareil d’Etat incarné dans la personne du haut-fonctionnaire Pierre Laroque. Ensuite, le travail acharné d’un peuple d’ouvriers anonymes et de militants de la CGT qui a construit de ses mains, en quelques mois et sur du temps dit libre, les bâtiments devant accueillir les caisses de la sécurité sociale dans chaque département.

Ce que montre ce documentaire c’est l’élan révolutionnaire, comparable à celui de la Révolution bourgeoise de 1789, qui a animé ces différents protagonistes. Projet de société progressiste et à contrecourant des stratégies conservatrices : ministres gaullistes cherchant à évincer les communistes du gouvernement, représentants du patronat voulant garder la mainmise sur les cotisations, partis politiques, médecins et, partiellement, des courants syndicaux hostiles à l’idée même d’un régime social général.

Des luttes sociales acharnées ont donc présidé à la naissance de la Sécurité Sociale, qui perdurent de nos jours (voir les programmes de syndicats de droite), illustrées par des choix politiques dont la mise en place de mutuelles privées obligatoires, la résistance du premier syndicat de médecins à pratiquer le tiers-payant généralisé, la pression du MEDEF pour baisser les charges patronales, le moindre engagement syndical des ouvriers et employés.

Les luttes se donnent à voir aussi dans les mots qui se trouvent en plein cœur du champ de bataille. Depuis 1945 s’est élaborée une « histoire convenue[1] » officielle de la Sécu – un consensus des forces en présence, l’unanimité des partis hors et dans le gouvernement, la nécessité pour le capitalisme au lendemain de la guerre de relancer le pouvoir d’achat, la paternité du dispositif de la Sécurité Sociale attribuée à De Gaulle, la mise aux oubliettes d’Ambroise Croizat – avec pour objectif l’accaparement du projet par la classe dirigeante. Cette dernière use et abuse aujourd’hui de discours qui se veulent terrifiants sur le très célèbre « trou de la Sécu » et la soi-disant irresponsabilité populaire faisant fi des nécessités économiques.

La Sociale nous éclaire sur la portée, la transformation et la dérive des discours et laisse à entendre et à écouter un autre son de cloche, une mémoire quelque peu différente de celle qui est généralement divulguée, mémoire à dé-couvrir, à méditer, à travailler. C’est bien par les mots que le pouvoir se prend car « l’écriture de l’histoire est, elle aussi, objet de lutte de classes » [Friot].

Claudine Hourcadet – Janvier 2017

[1] Bernard Friot, Ecrire l’histoire populaire de la sécurité sociale In Dossier pédagogique La Sociale http://www.lasociale.fr/

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