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Si la famille n’est plus ce qu’elle n’a jamais été

A partir d’une posture emblématique – renoncer à la quête de la Cause première pour investir les notions de complexité et de surdétermination – les participants à ce séminaire [intervenants sociaux, psychologues, psychanalystes] ont été guidés par l’intervenant, philosophe et sociologue, dans le défrichage de la thématique abordée. Il s’agissait aussi de considérer notre double implication – psychique et idéologique – dans le traitement de la question de la famille, soit notre impossible neutralité. De même nous fallait-il considérer l’exigence d’objectivité, ou tout au moins d’objectivation, requise par nos métiers respectifs. Prendre acte d’une impossible neutralité et tendre vers une certaine objectivité ne constituent ni seulement un paradoxe ni un contresens mais plutôt un parti-pris, un positionnement à tenir, une tâche à investir, une éthique.

Parler de la-des familles suppose d’en dessiner les contours.  Nous avons à faire à un thème complexe : la famille réelle,  désirée, imaginée, regrettée, fixée dans le marbre est surdéterminée par des affects et idéaux, des modèles et rationalisations portés consciemment et inconsciemment par  des sujets socio-désirants, qu’ils soient usagers ou intervenants. Il existe en la matière quelques évidences tenaces qu’il y a lieu d’interroger. Le plus répandu : la famille serait en crise en même temps que nous serions pris dans une mutation anthropologique inédite. Thèse omni-explicative et métaphysique des difficultés que rencontrent des familles. Celles-ci, cependant, ne sont pas plus en crise – ni moins, d’ailleurs – que celles de nos ancêtres, aussi loin que nos connaissances nous portent. Si la famille persiste comme modalité majoritaire du vivre ensemble, c’est sans doute parce que les familles ont survécu et se sont adaptées aux mutations qu’une société ne peut pas ne pas connaitre.

Cette supposée crise de la famille est à l’origine de l’invention de la parentalité, à la fois problématique théorique et intervention clinique qui orchestre les démarches d’aide en direction de certaines familles (essentiellement des milieux populaires). Catégorie parfois abusivement utilisée comme synonyme de parents, famille, rapports familiaux, elle est censée pacifier les relations parents-enfants en partant du principe que les difficultés pourraient ne pas exister. En découlent les appellations de familles « à problèmes », « déstructurées », « difficiles » et de parents « immatures », « démissionnaires » voire « toxiques ». Ces dénominations, qui font allusion au réel mais ne l’épuisent pas, entrent en résonnance avec la diversité des constellations familiales, la récurrence des séparations et des divorces, l’expression des différentes formes de sexualité considérées comme autant d’avatars des familles. Constructions idéologiques, ces désignations paresseuses établissent des profils-type dont il faut interroger sans cesse la pertinence. Parmi ces constructions s’en trouve une, caractéristique de la catégorie de parentalité : l’être-parent, signifiant-maître évoquant une essence, un idéal à atteindre pour les parents, et ce quels que soient leurs conditions sociales d’existence, leur capital économique et culturel, afin  qu’ils deviennent des parents « comme il faut ». Si le soutien à la parentalité permet à des parents d’exprimer leurs difficultés, de faire part de leur tâtonnements et questionnements dans la gestion, parfois difficile, de leurs rapports avec leurs enfants, il propose des règles, des contraintes et des devoirs, autant de consignes risquant d’être moralistes et moralisantes.

Comment, alors, travailler avec les familles ? Une des multiples leçons théorico-pratiques de ce séminaire est que le réel ne se réduit pas aux représentations qu’on peut en avoir. Elles sont les crêtes visibles des icebergs que sont les idéologies dont nous sommes constitués et pétris, consciemment et inconsciemment. Une déconstruction de ces représentations, soit leur questionnement et leur analyse aussi étayée que possible, s’avère nécessaire pour ouvrir des perspectives novatrices en matière d’intervention sociale, pour intervenir autrement…

Une clinique de la famille contemporaine est possible, qui privilégie la prise en compte des situations singulières au détriment de la prise en charge de parents supposés défaillants. Cette clinique, transdisciplinaire, place les logiques de l’idéologie et de l’inconscient au cœur des pratiques professionnelles, dans le travail des praticiens autant que dans les déboires et stratégies des familles.

C’est à l’identification de ces logiques et de leur nouage que nous travaillons au sein de l’association Pratiques Sociales, grâce aux thèses proposées par Saül Karsz.

Claudine Hourcadet – juillet 2013

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