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Jean-Luc Letellier : Sexualités et handicap

« En fait, le premier pas vers un enrichissement de notre condition humaine par la présence effective et active des personnes habituellement mises en marge passe par la reconnaissance pour chacun et en lui-même de sa propre vulnérabilité. »

j-l-letellier

Jean-Luc LETELLIER (intervention lundi 21 novembre) a répondu aux deux questions posées par Pratiques Sociales :

1 – En quoi la problématique de ces Journées d’Etude et de Formation vous semble-t-elle représenter un enjeu contemporain ?                     

2- Quelles thèses, arguments ou questions comptez-vous développer lors de votre intervention ?

Penser en termes de catégorie, dont le sens étymologique (du grec katigoria) veut dire « accusation », a toujours pour conséquence un rejet et une volonté d’exclusion ou de domination.  Si l’on a la chance de compter parmi ses amis[1] ou dans sa famille une personne handicapée du fait d’une déficience innée ou acquise ou du fait d’une situation, qu’elle soit physique, sociale, psychologique ou économique, on est dépositaire d’un sentiment universellement partagé par toutes ces personnes, et ce quelles que soient leurs situations sus-évoquées, de n’être regardées, reconnues, vues qu’à partir de leur vulnérabilité ou handicap.

Regarder une personne handicapée c’est regarder, d’abord et avant tout, une personne « inférieure » », déficiente », quelqu’un à qui quelque chose manque ! L’organisation sociale actuelle, en France, qui consacre beaucoup de moyens financiers et humains à protéger les plus faibles peut être vue comme un néo-colonialisme social. C’est bien parce qu’il leur manque quelque chose que nous « plaçons» dans des structures dites médico-sociales tous ceux que l’on peut ranger dans la catégorie des « déficients » et non content de les mettre à part nous le faisons en les rangeant par sous-catégorie (les autistes avec les autistes, les malades mentaux avec les malades mentaux, les déficients mentaux avec les déficients mentaux, les sourds avec les sourds…). Nous les soustrayons ainsi au regard des « vrais humains » pour éviter que leur vue ne vienne mettre en question ce que nous pensons être ce que nous sommes. Ce faisant, fiers de consacrer un budget et des moyens importants à leur « protection » nous nous vivons comme des êtres généreux et civilisés alors que nous ne faisons réellement que payer le prix de notre appartenance à la classe supérieure (et le prix de notre tranquillité de surcroit).

En fait, le premier pas vers un enrichissement de notre condition humaine par la présence effective et active des personnes habituellement mises en marge passe par la reconnaissance pour chacun et en lui-même de sa propre vulnérabilité. C’est parce que je « sais » mais « refuse de savoir » que je suis moi aussi vulnérable que j’exclus ceux qui pourraient me le rappeler. Encore que, l’exprimer de cette façon ou le clamer ne sert strictement à rien car toute notre formation depuis l’enfance s’est faite dans des structures de pouvoir (famille, état, armée, école, église, club de sport, conservatoire de musique etc…) qui glorifient la performance, qui construisent l’idée d’une élite, qui classent (à l’école, on est dans une classe) les êtres humains en catégories, du plus fort au plus faible, ce dernier étant rejeté dès qu’il passe en dessous de la barre.

Discriminer, voilà le fonctionnement psychologique et social le plus évident et je crois que notre conformité cérébrale ainsi que tous les renforcements culturels et sociaux font de cette activité une seconde « nature/culture ». Discriminer ayant, rappelons-le, toujours pour objectif de conforter les dominants dans leur statut.

Les bien-portants confient à des professionnels le soin « d’éduquer » les personnes porteuses de déficiences, ce que ces professionnels font naïvement et pour lequel ils échouent largement non du fait de leur mauvaise volonté ou de leur incompétence mais d’une organisation sociale structurellement faite pour maintenir les personnes déficientes en état de dépendance, hors du corps social.

Pour le CRéDAVIS, la prise en compte de la vie amoureuse et sexuelle des personnes dans les établissements médicosociaux apparaît comme le point d’entrée le plus pertinent concernant la question de l’inclusion réelle et effective des bénéficiaires du système médicosocial.

Eléments biographiques et bibliographiques

Educateur spécialisé de formation initiale. A occupé jusqu’en juin 2012 (date de création du CRéDAVIS) le poste de directeur de la formation continue (membre du comité de direction) de BUC Ressources (78).

Leur sexualité n’est pas un handicap, 2014, Editions érès [ouvrage à l’initiative du festival « Ma sexualité n’est pas un handicap » qui a eu lieu sur le campus de BUC Ressources en Avril 2014 ainsi que du Forum des pratiques innovantes – Sexe, sexualités, handicaps et institutions qui s’est déroulé en avril 2016 à la cité des Sciences et de l’Industrie – contributions sont disponibles sur la chaine Youtube Crédavis asso].

[1] Alors qu’un sixième de la population est en situation de handicap, qui a parmi ses amis une personne dans cette situation ? Voilà un effet immédiat de la discrimination et de l’invisibilité des personnes.

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