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Révolution et contre-révolution dans le salariat

Économiste et sociologue, Bernard Friot nous invite à une réflexion sur les termes de révolution et de contre-révolution. Habituellement, le signifiant révolution convoque des symboles tels que les barricades, les (l)armes, le sang, le chaos. S’y adosse l’idée d’un grand soir où la majeure partie des composantes d’une organisation sociale serait mise cul par-dessus tête. Si ces modalités d’action révolutionnaire se retrouvent parfois à différentes époques et régions du monde, ils n’en sont pas les seuls paramètres. Représentent surtout un enjeu central le statut accordé au producteur de la valeur économique et l’organisation même de cette production. Dans cette perspective, Bernard Friot identifie deux mouvements antagonistes au cours du 20ème siècle : une révolution – communiste – de la production à laquelle s’oppose une contre-révolution libérale.

La naissance de la Sécurité Sociale, le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités, mis en place après-guerre sous l’impulsion du ministre des travailleurs Ambroise Croizat et de la CGT, esquissent une modalité de production non-capitaliste de biens et de services (hors marché du travail, hors investissement financé par le crédit, etc.). Ces évolutions, qualifiées de révolutionnaires[1] par Bernard Friot, permettent d’envisager une création de valeur économique partiellement en dehors des règles du jeu édictées par le capitalisme. L’enjeu contemporain consisterait donc à généraliser ce déjà-là issu des conquêtes populaires. Généralisation à laquelle s’opposent ardemment les gouvernements successifs depuis plus de trente ans.

Cette opposition se traduit de différentes façons, qui toutes tendent à entraver l’étendue des innovations survenues au cœur de l’appareil productif, voire d’en effacer certaines composantes. Est ainsi à l’œuvre, entre autres, une réécriture des événements historiques de la période 1945-1970. En effet, fait partie de la domination d’une classe qu’elle impose un récit historique du réel et de l’Histoire. En l’occurrence, les tentatives de naturalisation des perspectives capitalistes à propos de la création de valeur économique tendent à ne faire exister qu’une seule lecture possible des mécanismes et des rapports de force.  Les courants politiques au pouvoir, que l’on peut caractériser de néolibéraux, sont de fervents défenseurs des « réformes » qui, les unes après les autres, tendent à infléchir les avancées sociales issues de la période d’après-guerre – ce que Bernard Friot nomme la contre-révolution réformiste.

Ces ponctuations au sujet du signifiant tant usité de révolution offrent une perspective pour penser les enjeux d’un mouvement progressiste aujourd’hui et localisent les luttes à mener sur des thématiques précises (statut du producteur, copropriété d’usage des moyens de production, salaire à vie…). La lutte des classes étant également lutte des mots, le travail de Bernard Friot est d’un grand soutien pour se repérer dans cette dialectique où le choix et la définition des termes pour écrire le récit de l’Histoire est un enjeu à proprement parler révolutionnaire.

Sébastien Bertho – Novembre 2017

[1] Voir l’ouvrage Emanciper le travail, de Bernard Friot pour un exposé détaillé des institutions capitalistes de la production de valeur économique.

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