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RADICALISATION : LAQUELLE ? COMMENT ? POURQUOI ?

[débat Pratiques Sociales- 2 avril 2016 à Paris]

C’est sur cette thématique complexe que se sont tenus de riches écRadicalisation LPDC 71hanges entre Alain Bertho – anthropologue, Saül Karsz – philosophe, et une trentaine de participants dont Wilfried Roland – principal de collège et Wajdi Limam – formateur.

Thématique complexe, donc, objet d’une vaste littérature en même temps que sujet d’émoi et de fantasmes. Les trois questions – laquelle ? comment ? pourquoi ? – ont permis de poser la problématique.

La radicalisation, notion vague, peu définie et généralement utilisée au singulier, mettant sur le devant de la scène politique et médiatique un objet « épouvantail et repoussoir » [S. Karsz], empêche de penser différentes formes de radicalisation qui ont traversé les siècles et continuent à concerner nombre d’individus et de groupes. Le succès contemporain de cette « appellation obscurcissante qui suscite à la fois la sidération et la répétition en boucle d’événements montés en épingle » [A. Bertho] tend à faciliter les envolées moralistes, à empêcher l’analyse des positionnements idéologiques et des investissements psychiques et à stigmatiser une frange de la population (les jeunes dits radicalisés) et une religion (l’Islam).

Pour A. Bertho, il n’y a pas une seule religion musulmane mais, comme dans d’autres religions (christianisme, hindouisme, judaïsme…), des tendances, des chapelles, des courants qui, à partir d’une histoire et de textes relativement communs, prennent cependant des positions divergentes. C’est un dispositif religieux particulier – le Djihad – qui rassemble les auteurs d’actes terroristes et donne lieu à un double mouvement de révélation et de conversion à l’origine des passages à l’acte morbides. Ce mouvement concerne des individus de milieux sociaux différents. Il est à la fois religieux, parce que les personnes dites radicalisées utilisent comme support une religion et sont recrutés par ses adeptes, et non religieux parce qu’elles ne se sont pas radicalisées à l’intérieur d’une croyance mais leur colère a, à un moment donné, rencontré la possibilité d’une conversion. Il y aurait islamisation de la radicalité et non radicalisation de l’islam.

C’est à partir de ses travaux sur la montée des phénomènes émeutiers dans le monde qu’A. Bertho pose deux questions essentielles : pourquoi cette génération là et pourquoi en France ? Selon ses recherches, le nombre d’émeutes et de révoltes, signes d’une critique radicale de l’ordre social qui ont jalonné divers endroits du monde, sont en régression depuis 2013. Il met en parallèle le fait que le nombre d’attentats, en revanche, est en augmentation. Il fait l’hypothèse d’un transfert de violence à un niveau supérieur : crise de légitimité des Etats pris dans les rets de la mondialisation économique qui voient leurs marges de manœuvre fondre face aux injonctions d’entités interétatiques et des marchés financiers. Les jeunes dits radicalisés sont nés avec cette mondialisation et la fin de l’hypothèse communiste, l’une et l’autre leur enlevant tout espoir d’une vie meilleure. Contrairement aux générations précédentes, ils ont du mal à penser l’avenir ou le pensent avec pessimisme. La France et la Belgique, anciennes nations colonialistes, ont généré pour les peuples colonisés rancœur et honte de n’être pas tout à fait Français tout en étant tenus d’abandonner certaines façons de vivre et de parler . Ce sont les enfants de ces pays, aujourd’hui troisième ou quatrième générations d’immigrés, qui sont nombreux dans les armées djihadistes. Il y a, pour A. Bertho, nécessité de réconciliation intergénérationnelle.

  1. Karsz nous a également invités à penser cette question de la radicalisation en proposant trois pistes de réflexion.

La première concerne la-le politique. Comme Max Weber (1864 – 1920) en son temps évoquait le désenchantement du monde, on peut parler aujourd’hui de désenchantement de la politique. Les nouvelles générations découvrent assez massivement que la politique c’est aussi la corruption, le mensonge, la guerre. Cette découverte nous ankylose ou nous révolte car certains idéaux ont la peau dure et nous avons tous du mal à y renoncer. Elle a cependant la vertu de nous faire nous interroger. Deux alternatives à ce désenchantement : continuer à croire que la politique peut ré-enchanter les modalités du vivre-ensemble ou bien prendre acte qu’elle n’est plus – qu’elle n’a jamais été – enchantée, qu’il n’y a pas et n’y a jamais eu de politique sans mensonge ni corruption, et agir sans pour autant céder au cynisme.

La deuxième piste concerne l’école, « parfois désignée comme responsable de la délinquance chez les jeunes, voire de leur radicalisation [W. Roland] ». S. Karsz fait l’hypothèse que l’école n’est pas la cause de tout mais n’est certainement pas pour rien dans ce qui se passe aujourd’hui. Elle est réputée être le lieu du savoir mais en fait elle dispense un certain savoir contre d’autres savoirs, elle permet l’apprentissage de certains comportements pour en proscrire d’autres. Il n’existe pas d’écoles qui ne discriminent pas peu ou prou et n’amènent pas certains à se sentir rejetés. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut rien faire. Si un travail avec les jeunes susceptibles de radicalisation peut être fait, l’école a une réflexion à mener sur son fonctionnement et ses contenus, les modalités d’enseignement et de sélection des élèves, pour accompagner les enseignants qui exercent un métier impossible [Freud] mais cependant indispensable.

Une troisième piste consiste à penser la violence, réputée être un marqueur de notre époque. L’expression « nous vivons sous la menace terroriste ! » permet de se faire peur et d’évacuer le fait que la violence ne vient pas seulement de l’extérieur, des autres mais aussi de l’intérieur et de chacun de nous, des contraintes économiques, politiques, sociales. C’est oublier que la société est violente sans que ceux qui sont désignés comme radicalisés viennent semer la terreur. La guerre, le chômage, le travail, l’amour et la haine sont des exemples d’une violence qui n’est pas seulement importée. Cependant, il n’y a pas que les conditions matérielles auxquelles sont confrontés les gens qui expliquent les événements. Hypothèse : comprendre la situation actuelle passe par la réhabilitation du concept d’idéologie, soit un système de valeurs, principes, références, représentations qui habite chacun de nous en nous faisant agir d’une certaine façon. Les individus dits radicalisés sont pris dans une certaine désespérance du fait qu’ils ont cru en un monde qui n’est pas à la hauteur des idéologies qui les décrivaient.

La matinée a permis de faire quelques ponctuations sur la thématique de la radicalisation, certainement pas de clore la réflexion, tant il est vrai qu’appréhender le réel dans sa complexité est un travail ardu et inépuisable. A. Bertho a conclu sur le fait que « la radicalité, attitude de critique de l’état de l’existant et de réflexion sur la racine des choses et des faits est un élément de vitalité absolument essentiel pour comprendre les événements passés et contemporains ».

Claudine Hourcadet – Mai 2016

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