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Pognon de dingue, dingues de pognon !

Le Président de la République a fait savoir que les prestations sociales consomment un pognon de dingue sans que pour autant les gens s’en sortent. Des réactions contrastées ont suivi cette déclaration, qui devient ainsi exemplaire. Son analyse vaut pour bien d’autres situations.

Du point de vue de ses partisans, pareille déclaration ne manque pas de sel, ni même de pertinence. De sel : elle est énoncée dans le langage même supposé être celui des destinataires des aides sociales. Financement, placement, investissement, crédit d’impôt, paiement différé, émoluments, échelonnement, commissions occultes, bonus, instruments fiduciaires, offshore, stock option : ce langage risque de leur être étranger – puisqu’il est fait pour être compris de quelques-uns seulement. Le pognon, en revanche, leur parle bien, c’est ainsi qu’ils causent et se causent entre eux – dans leur dialecte. Telle est la représentation que les couches aisées se font de ces couches sociales, de leur condition sociale, économique, culturelle, langagière. Déclaration pédagogique, somme toute : il importe de se mettre à la portée des gens, les aider à comprendre que des ajustements (traduisez : baisses ou suppressions des prestations) sont nécessaires. De la sorte, ils continueront, plus que jamais, à ne surtout pas s’en sortir. Mais ils sauront pourquoi : tout dépend de leur motivation personnelle, de leur volonté d’acier, de leur effort coriace. « Aide-toi, le Ciel [ou la Bourse] t’aidera ! ». Pertinence de cette déclaration : ces sommes colossales, ces institutions qui couvrent l’ensemble de l’existence individuelle et collective, ces prestations parcimonieusement octroyées et soigneusement comptabilisées… permettent aux gens de survivre moins mal que si ces ressources n’existaient pas du tout, mais en aucun cas ne leur permettent de s’en sortir. Les pauvres sont pauvres avant et après les prestations sociales. Il ne s’est jamais agi de réparer l’ascenseur social mais juste de réveiller [un peu, pas trop] ses usagers – tout en les maintenant dans les limites de la cage.

Le néo-libéralisme met sur le devant de la scène une vérité insupportable pour les belles âmes. Les aides sociales, en espèces et en nature, ne mettent nullement un terme à la pauvreté, aux horizons bouchés, aux lendemains individuels et collectifs qui ne chanteront vraiment pas. Sur ce point, le néo-libéralisme a partie liée avec le principe de réalité des sociétés de classes. Et préconise de s’y astreindre.

C’est justement ce qui peut dérouter. Les belles âmes ont tendance à s’offusquer en entendant dire et surtout en constatant sur le terrain que les interventions sociales peuvent aider à rendre supportable la situation de certaines populations mais nullement à la résoudre. Leurs oreilles si délicates frétillent. Pourtant…

Les interventions sociales peuvent contribuer à des prises de conscience, à repenser le monde tel qu’il va, à dépsychologiser les problématiques individuelles ou collectives, à fomenter des alliances. Mais elles peuvent également rendre encore plus opaque ce monde et ces problématiques, encourager l’individualisme du chacun pour soi, la conformité à l’ordre des choses. Bref, vivons-nous dans le seul monde possible – ou dans un monde historique, par conséquent modifiable ?

Faut-il alors politiser les interventions sociales ? Que nenni ! Ces interventions ne sont pas d’une seule pièce, sans profonds clivages, ni ne poursuivent un but unique. Il s’agit d’identifier leurs orientations toujours-déjà-là, leurs objectifs lors de chaque situation singulière, le monde que chaque modalité d’intervention cherche à faire exister, l’impossible neutralité des discours et des silences. Des enjeux politiques, des investissements idéologiques, des positionnements théoriques, effectivement extérieurs aux pratiques professionnelles, vivent et s’agitent en leur sein autant que dans leurs œuvres. C’est ce que ces pratiques colportent. D’où l’importance de celles-ci.

Quant à savoir pourquoi les prestations sociales coutent un pognon dingue sans que pour autant les bénéficiaires s’en sortent – puisqu’on ne touche pas aux structures et fonctionnements des sociétés contemporaines – rien de plus intéressant que d’interroger les dingues de pognon.

Saül Karsz – Août 2018

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2 commentaire(s)

Jouary

Le 24 août 2018 à 14 h 09 min - Répondre

Et pourquoi les riches restent riches alors qu’ils payent trop d’impôt ?

Roland JANVIER

Le 24 août 2018 à 17 h 19 min - Répondre

Merci Saül pour cette roborative analyse des supposés égarements du langage des politiques qui en disent long des conceptions et représentations.
Bien amicalement.

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