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Note de voyage

Trois semaines au Chili et en Argentine, bien que fort intenses, restent néanmoins insuffisantes pour construire une compréhension nuancée des logiques, méthodes et fonctionnements du travail social dans ces deux pays voisins mais très différents. Le présent article se veut donc une note de voyage bien plus qu’une analyse effective.

La formation de travailleurs sociaux. Elle se fait en trois ans (diplôme – guère prisé – de technicien en travail social) ou en cinq ans (diplôme de travailleur social proprement dit) : elle se déroule à l’Université, comprend une thèse et peut se continuer par un doctorat en travail social et/ou en sciences sociales, sciences de l’éducation, psychologie… Au Chili, les universités sont pour la plupart privées, les étudiants – très majoritairement féminins – règlent des frais de scolarité faramineux financés par leur emploi, leur famille et/ou un emprunt bancaire, quelques bourses. Il y existe une université publique, moins onéreuse que les privées. En Argentine, les universités sont surtout publiques et gratuites ; sous les gouvernements populistes de gauche – Néstor Kirchner (2003-2007) et Christine Kirchner (2007-2015) – de nombreuses universités publiques furent créées en province, les moyens augmentés, les recrutements d’enseignants et l’accès d’étudiants de classes populaires facilités… Aujourd’hui, cependant, ces Universités fonctionnent dans des conditions d’économie drastiques, sinon intenables. C’est plus d’une fois le système « D » qui leur permet de tenir…

La formation universitaire constitue une des deux caractéristiques majeures à souligner ici. Les enseignants, majoritairement des femmes, distribués en plusieurs catégories statutaires (temps plein, mi-temps, etc.) ont un doctorat ou poursuivent des formations en ce sens – en plus de leur emploi de travailleur social du lundi au vendredi jusqu’à 14h, leurs activités d’enseignement l’après-midi et en soirée, leur propre formation, leur participation à des colloques très usités dans tout le pays, l’écriture d’articles pour des revues, leur vie de couple et de famille… Par ailleurs, j’ai découvert que les orientations « Pratiques Sociales » étaient massivement répandues, inégalement comprises mais bien implantées ou du moins évoquées. La clinique transdisciplinaire suscite un intérêt prononcé. Une forte envie de savoir, d’apprendre, de discuter lie enseignants et étudiants. Envie, voire avidité renforcée par la coexistence à l’Université d’autres cursus disciplinaires, avec des exigences de lecture théorique et méthodologique, des rendus de travaux, etc. La formation en travail social en bénéficie grandement, y compris dans les groupes d’enseignants et chercheurs auprès desquels j’ai eu le plaisir d’intervenir. Donnée à creuser : la pratique ne semble pas privilégiée au détriment de la théorie, et réciproquement. De même, les conceptions marxistes et les conceptions psychanalytiques sont rarement perçues comme démodées et inopérantes – bien que (heureusement, à mon avis) on y voit de moins en moins la Vérité Révélée.

La politisation des étudiants et des enseignants. C’est la deuxième caractéristique majeure à souligner ici. Selon des orientations différentes, des sensibilités et/ou des prises de conscience et/ou des postures théorico-idéologiques se font sentir, soucieuses de lier destins et soucis individuels ou de groupe et par ailleurs des enjeux nationaux et internationaux. L’attention souvent passionnée prêtée au champ professionnel et corporatif n’exclut nullement  l’ouverture à d’autres domaines – illustration du caractère transdisciplinaire des pratiques du travail social et de l’impact institutionnel, financier et idéologique des Collèges professionnels (adhésion obligatoire de tout praticien). Mais, surtout, le terrible «Processus de réorganisation nationale » (1966-1983) avec ses 30 000 disparus dont beaucoup d’étudiants et d’intellectuels, l’exil forcé, la torture systématique, la privatisation massive des ressources publiques, la mise en quarantaine sinon la fermeture des facultés de philosophie, sciences sociales, travail social, a réussi à installer un néo-libéralisme omniprésent, impitoyable, grandement naturalisé dans de tous les secteurs de la population. La contestation assez générale de cette option économique et politique se fait aujourd’hui sentir qui, par ricochet, accroit les capacités de compréhension de nombre de travailleurs sociaux envers leurs publics, le plus souvent placés dans des situations matériellement inextricables. Rude combat auquel participent également la philanthropie sociale, actualisation moderne de la charité religieuse, ainsi que de puissantes sectes évangélistes. Conjoncture complexe, en effet.

Formation universitaire et conscience idéologico-politique convergent dans une rupture plus ou moins marquée avec ce qu’on peut appeler l’individualisme petit-bourgeois. Rupture pas forcément théorisée comme telle, portée par des individus et des groupes qui ont beaucoup à nous apprendre et dont nous avons grand intérêt à nous rapprocher…

Saül karsz – Juin 2019

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1 commentaire(s)

Riera Brigitte

Le 16 juillet 2019 à 16 h 05 min - Répondre

Belle note de voyage qui apporte un vent frais dans la canicule des mefaits politiques actuels. Merci Saul !

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