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« Morale laïque », pourquoi pas ?

Le ministre de l’éducation nationale a récemment annoncé la mise sur pied d’une commission chargée de modéliser l’enseignement de « la morale laïque » à l’école. Levée de boucliers immédiate, approbations enthousiastes, perplexités diverses et variées. Ce n’est ni la première ni sûrement la dernière fois que pareille mobilisation a lieu. Mobilisation, en effet : la question de l’éducation interroge, réveille des passions, induit toutes sortes de positionnements individuels et collectifs. Sont concernés des millions d’élèves, leurs parents et familles proches ou éloignés, des milliers d’enseignants et leurs tutelles administratives et politiques. Sont impliqués des décisions politico-pédagogiques à propos des programmes d’étude et des évaluations, la problématique de l’instruction, des connaissances légitimées et des connaissances refoulées, partant des profils professionnels rendus possibles ou impossibles. Des configurations idéologiques s’y allient ou s’y opposent sans cesse. Affaire complexe, enjeux multiformes : la question de l’école ne soulève pas que des questions scolaires.

C’est pourquoi l’affaire de l’enseignement de la morale laïque nécessite mieux que des oukases lapidaires, guère argumentés. Un événement survenu il y a peu dans un lycée professionnel bordelais le confirme : un élève a agressé un professeur qui expliquait le « fait laïc » en contrepoint de l’enseignement du « fait religieux » pratiqué déjà. Agression inadmissible, bien entendu. Mais riche d’enseignements, cependant.

Importe en effet de comprendre comment le professeur explique le « fait laïc » : il y a parfois une croyance laïque aussi dogmatique, aussi invérifiable que la croyance religieuse à laquelle celle-là dit s’opposer. D’un ton de voix puisé dans quelque au-delà  à l’assertion catégorique assenée du Haut de la Chair, le catéchisme se déploie, à la fois implacable et passablement  paranoïaque… A croisade, croisade et demie.

Importe également de comprendre comment la sanction – s’il en faut une – est expliquée à l’élève, aux autres élèves, au corps professoral, à l’opinion publique : faire des martyrs sert trop bien les convictions religieuses et  trop peu le « fait laïc »… Autrement dit, c’est bien le doute, l’interrogation, le débat, la recherche, l’échange critique, le savoir, que les croyances de tout acabit abhorrent par-dessus tout. Rappel, s’il en fallait encore, qu’au sein de l’école et à son extérieur les luttes idéologiques sont permanentes et que des sujets humains y sont pris, à l’insu de leur plein gré : à tout âge, quel que soient les parcours scolaires et professionnels, les configurations psychiques et les positions sociales…

Après tout, si l’enseignement de la dite morale laïque sert à esquisser des compromis plus ou moins viables, pourquoi pas, en fait ? Non pas pour abolir l’expression des désaccords et des oppositions, mais pour les rendre supportables, utiles, voire féconds.

Saül Karsz – Juillet 2012

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