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Migrants de l’extérieur, migrants de l’intérieur

Il y a bien des différences entre ces deux sortes de migrants et également de très fortes similitudes : au point que le sort des uns éclaire le destin des autres.

Migrants de l’extérieur sont ceux qui quittent leur pays d’origine afin de survivre à des guerres incessantes, chômages chroniques, misères envahissantes des corps et des esprits. Malgré des passeurs-trafiquants et même grâce à eux, mers démontées, chaloupes plus que précaires, désespérances et espoirs, ils parviennent, parfois, à destination. A de notables exceptions près, il est rare qu’on les accueillie, on leur fasse une place, on veuille bénéficier de leur disponibilité et de leurs atouts. On les appelle des migrants, plus ou moins de passage donc, et non des immigrants. Autant dire que, pour eux, la guerre continue qui remplit l’horizon à perte de vue, sinon de vie.

Migrants de l’intérieur sont les femmes, les hommes, les enfants qui, déjà sur place, font cependant du surplace. Il s’agit de « jeunes issus de l’immigration » comme si, peu ou prou, les origines pouvaient être d’une autre nature : il suffit de remonter la filière assez loin ! Ce sont les enfants et les jeunes dits en difficulté scolaire, comme si l’école, son organisation, son fonctionnement, n’y étaient pour rien ; ou encore les familles entassées dans des espaces plus que contraints, des célibataires sans vie privée envisageable, des travailleurs pauvres et autres fins de droits. Ce sont des immigrés devenus nationaux de fait ou de droit, qui ont construit leur pays d’adoption sans pour autant pouvoir accéder aux biens et richesses…

Ce qu’il faut comprendre : il ne s’agit pas uniquement d’étrangers, d’étrangers de l’extérieur – il y en a aussi de l’intérieur, parfaitement autochtones. Ni l’immigration ni l’émigration ne sont finalement en cause : réfugiés qualifiés et/ou fortunés et expatriés fiscaux sont aisément supportés. Voire, sollicités.

Est en jeu la situation socio-économique de certaines catégories de migrants, le destin qu’ils sont autorisés à souhaiter dans la conjoncture contemporaine des pays européens, leurs rôles dans les rapports de domination et de subordination, leur consentement au sort qui leur est fait, bref le défi terrifiant qu’ils sont supposés représenter pour une identité nationale imaginée comme un bunker sans aérations.

Destin commun aux migrants de l’extérieur ou de l’intérieur, parqués aux limites des villes ou campant au centre des cités – limites géographiques et aussi symboliques, économiques et également culturelles, idéologiques et nécessairement affectives. Seraient-ils les barbares des temps modernes ?

En face, les supposés civilisés : accros à une certaine normalité, ils tiennent à camoufler ce qui, d’abord chez eux-mêmes, outrepasse la conformité, la répétition, le mimétisme. Chasser l’étranger aide à se rêver propriétaire de soi. Les supposés civilisés craignent que la présence de migrants entrave l’étouffement de l’entre-soi et les oblige à respirer différemment. Ils s’inquiètent de leur normose.

Des questions à repenser donc. Voire même à penser…

Saül Karsz – Janvier – Février 2018

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1 commentaire(s)

Philippe Jouary

Le 13 février 2018 à 18 h 22 min - Répondre

Merci de cette mise en perspective à l’actualité tellement nécessaire. J’ajouterais que pour mieux isoler le migrant de l’extérieur, il convient de le décrire comme porteur de la « misère du monde », cette fameuse « misère du monde qu’on ne peut pas toute accueillir », il convient aussi de l’imaginer comme désireux de s’installer « chez nous », et non de lui reconnaître le simple désir de « passer quoiqu’il en coûte » (Georges Didi Huberman). Quant aux migrants de l’intérieur, la difficulté à laquelle se confrontent ceux qui tentent de décrire la situation de domination qu’ils vivent au quotidien en décrivant les mécanismes du racisme d’Etat, en mettant en cause l’antiracisme moral et en promouvant un antiracisme politique (les Indigènes de la république), démontrent ce qu’il en est de l’appel obsédé à la laïcité républicaine : ne pas vouloir voir la réalité des dominations, sociales, économiques, culturelles…

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