L’indignation des Indignés

Rares sont les domaines à l’abri de sursauts, d’incertitudes diverses et variées, de tensions plus ou moins exacerbées. L’activité individuelle et collective est soumise à toutes sortes de dégradations. L’activité ou, plus fréquemment encore, l’inactivité forcée. No future est, pour beaucoup de jeunes et de moins jeunes, l’avenir qui se profile devant eux. D’où l’indignation, qui réunit actuellement des milliers de jeunes dans différents pays européens, tout en inspirant des prises de parti, des déclarations et des écrits.

Comme tout autre, ce terme est redevable de ses contextes d’utilisation, qui en encadrent le sens et la portée. L’indignation contemporaine est propre des Indignés, tel que l’écrit le journal Libération : avec un « I » majuscule. Majuscule qui semble désigner un statut, une condition, voire une essence. On peut alors se demander ce qui indigne les Indignés. Ce sont les plans de rigueur, qui consistent à faire financer par les couches populaires et moyennes la crise, non pas de « la société », mais des logiques néolibérales qui la gouvernent. Ils s’indignent de l’austérité imposée à la majorité et de l’opulence garantie à la minorité. Les Indignés vivent l’impact mortifère des inégalités sur les conditions de vie, la répartition des biens et des richesses, les ressentis subjectifs, l’intimité personnelle, conjugale, familiale.

Mais la majuscule parait excessive. Tous les indignés ne s’indignent pas de la même chose, ni surtout de la même manière, ni avec les mêmes perspectives. Il s’agit, non pas d’une entité, mais d’un composite, d’un hybride.

Des indignés se scandalisent de ne pas accéder à la part du gâteau qui leur été promise (par qui ? par quoi ?). Ils ne questionnent pas le monde, mais juste leur place dans un monde dont le présent et l’avenir ne les tracassent pas outre-mesure. En termes d’économie politique : c’est la tendance à la prolétarisation des couches moyennes qui inspire pareille panique. C’est pourquoi d’autres indignés tâchent de repérer les enjeux idéologiques et politiques des temps actuels et d’agir en conséquence. Ils comprennent que le sort individuel n’est ni dissocié ni dissociable du sort collectif. Mais parvenir à cette compréhension implique de dépasser cette réaction irrémédiablement morale et moraliste, réactive, plus d’une fois réactionnaire, qu’est l’indignation.

Saül Karsz – Juillet 2011

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