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L’Europe, quelle Europe ?

Garcia Barroso, ancien président de la Commission Européenne, s’est « reconverti» – Brexitannonce un journal – au service de la Banque Goldman Sachs. Un homme « sans foi ni loi», se scandalise un autre journal. Erreur ! Aucune reconversion là-dedans, juste un nouvel emploi dans une branche proche, très proche de celle qu’il occupait précédemment et peut-être aussi à l’avenir ; quant à la foi, elle est immense dans les vertus du néolibéralisme et vigoureux l’assentiment à sa loi…

Le Brexit est passé par là, qui exige un certain redéploiement stratégique. Avant de nous y attarder, rappelons que les voix « pour » et les voix « contre » lors d’un référendum ne coïncident pas forcément entre elles. Au sein des unes et des autres, ni les raisons ni les visées ne sont homogènes. « Pour » et « contre » sont les porte-parole de coalitions, de conglomérats plus ou moins stables, de tendances. C’est le résultat global qui compte – lequel est d’autant plus politique qu’il parvient à confirmer ou au contraire à déstabiliser les rapports de force existants, l’exercice du pouvoir et des pouvoirs, les fonctionnements institutionnels, les idéologies en place, les modalités du vivre-ensemble.

C’est le cas du Brexit, qui déclenche le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Cette donnée évidente ne va pourtant pas de soi. Deux ponctuations au moins sont nécessaires. D’une part, ce pays détenait une place bien particulière en Europe, guère comparable à celle d’autres nations : adhésion partielle, en termes de droits et d’avantages, de monnaie, d’arrangements divers – bien que grande est et reste la proximité avec les cadres néolibéraux à l’œuvre dans l’Union Européenne. D’autre part, quelle Europe le Royaume-Uni s’apprête-t-il à quitter ? Question nullement saugrenue. Si on dit « Europe » sans aucun qualificatif qui permettrait de la spécifier, un extraterrestre fraichement débarqué pourrait croire que l’Ile britannique entame un éloignement tectonique vis-à-vis du Continent pour se mettre à dériver au gré des vents. Interprétation parfaitement ridicule, bien entendu. A condition toutefois de ne pas être traité comme un extraterrestre, opération typique des idéologies (qu’on appelle parfois le sens commun ou le bon sens) aujourd’hui dominantes. Car ledit Brexit rompt, pas du tout avec l’Europe en général, mais avec le poids écrasant de la structuration néolibérale de l’Europe, son organisation et ses institutions, avec la bonne conscience d’après laquelle l’augmentation de la richesse des uns et l’appauvrissement massif de bien d’autres serait aussi évidente que naturelle. En cela, il comporte un résultat effectivement politique. Mais, ce résultat acquis, nombre de ses leaders renoncent à conduire le mouvement, ayant probablement découvert l’étendue politique et aussi historique des enjeux à courte et longue échéance. Auraient-ils compris le caractère non anecdotique du Brexit ?

Voici en tout cas ce que les Garcia Barroso sont chargés de colmater, afin de réduire le Brexit à une réaction dite populiste, xénophobe, rétrograde – ce qui est une de ses tendances partielles mais en aucun cas sa définition complète. Objectif général : éviter les « contagions » (sic) à d’autres pays – les infections et autres contaminations.

Un positionnement vis-à-vis de l’Europe néolibérale : telle est la donnée historique et politique à partir de laquelle les uns et les autres confortent ou au contraire déplorent le résultat de cette votation. C’est bien à ce positionnement-là auquel, de fait, tout un chacun procède, qu’il en soit conscient ou non. Le Brexit est un symptôme, d’autres surviendront encore. L’enjeu est l’Europe – une Europe d’une autre couleur.

Saül Karsz – août 2016

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