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Les pauvres, l’Etat, le travail social

Le travail social s’adresse aux individus et groupes généralement classés dans la catégorie de « pauvres ». Ceux-ci composent une partie significative, nullement exclusive, de ses publics. Il s’agit bien de pauvres, bien plus que de la pauvreté qui, en tant que configuration socio-économique nationale et internationale, est hors de portée des interventions sociales. Pauvreté dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas près de disparaitre.

Un récent article du Monde (daté du 09.06.2017) mettait en exergue « la grande misère des services sociaux anglais » : personnes âgées dépendantes, handicapés, urgences hospitalières, sans-abri reçoivent des prestations de plus en plus rétrécies, soumises à des contraintes tatillonnes et implacables. Si la situation n’est pas identique dans tous les pays, des convergences vont crescendo partout. Pas étonnant cependant que la Grande-Bretagne se trouve aux avant-postes en la matière. Déjà au 19°, Marx l’inscrivait dans le peloton de tête des pays capitalistes, en manière de préfiguration d’un destin commun. Syndrome alors du fait que la société (anglaise ou autre) va mal ? Réponse mitigée, à nuancer. Elle va mal, voire très mal pour certains, qui survivent bien péniblement à d’inexorables conditions matérielles, idéologiques et psychiques plus ou moins extrêmes. La même société se porte à merveille pour d’autres, qui y trouvent de quoi se sustenter, au propre et au figuré. Et qui font de leur mieux pour que tout continue sur cette bonne voie.

Phénomène complexe, sans doute. Mais pas forcément compliqué. Une des raisons en est la conception marchande et comptable de l’Etat que le néo-libéralisme a réussi à implanter jusqu’à en faire une vulgate du sens commun. Conception marchande et comptable : il s’agit de réduire les déficits du budget de l’Etat central et décentralisé pour que celui-ci parvienne à des comptes dits équilibrés dans des délais plus ou moins précis mais toujours courts. Voire excessivement courts, douloureux même pour des populations sommées sans discussion de financer ce déficit par une réduction des prestations qui jusque-là leur permettaient de survivre : les pauvres, précisément. Cette réduction est une puissante contribution au redressement des comptes publics.

Comptes publics qui peuvent se redresser selon des directions différentes, sinon opposées. Plusieurs raisons complémentaires nous le font comprendre. Tout d’abord, on admettra volontiers que l’appareil étatique ne saurait être un gouffre sans fond, pourvoyeur inépuisable capable de tout financer. Argument mille fois ressassé, qui en appelle au sens des responsabilités de chacun. Argument on ne peut pas plus fallacieux, cependant. Car jamais l’Etat n’a dépensé sans compter ! L’existence de l’Etat implique celle des dispositifs d’ordonnancement de recettes et de dépenses, d’identification de bénéficiaires et de laissés pour compte, de structures à conserver, à réformer, et aussi à supprimer. Réduire les déficits n’est donc pas une décision économique tout court mais un choix d’économie politique et de politique économique. C’est pourquoi les comptes peuvent se redresser selon différentes directions, ce redressement ne voulant pas toujours dire la même chose. Les bénéficiaires ne sont pas les mêmes, les populations-cible non plus.

Conception marchande et comptable, aussi, parce que l’Etat n’étant pas une entreprise privée, quoi qu’en pensent certaines de ses élites, il ne peut être géré comme tel. Surtout quand les besoins ne cessent d’augmenter en termes d’éducation, énergies renouvelables, logements, protection sociale, conditions matérielles et immatérielles de vie et de travail. Les déficits comptables sont loin d’épuiser la raison d’être de l’Etat, ce que celui-ci est censé assurer à ses administrés. Ce sont des indices dont il faut tenir compte, surtout pas des évidences auto-explicatives auxquelles obtempérer sous peine d’incommensurables désastres. Quand des hôpitaux, des institutions éducatives ou sociales dégagent des bénéfices financiers, ceux-ci aussi sont des constructions marchandes et comptables qui ne disent pas grand-chose sur ce qui se passe et comment ça se passe dans ces institutions.

De toutes autres logiques sont nécessaires, que maints groupes et individus s’emploient à caractériser. Tâche pas facile et semée d’embuches. Tâche indispensable, ne serait-ce que pour dégager des espaces de respiration. Le travail social, ce subtil baromètre des fonctionnements de nos sociétés, a tout intérêt à s’y intéresser de près.

Saül Karsz – Juillet 2017

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