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Les Insensés de Jérôme Pellissier

Un livre à découvrir, en manière de préparation aux XXIVèmes Journées d’Etude et de Formation Représentations de la vieillesse, vieillesse des représentations

L’auteur :

Jérôme Pellissier est écrivain et mène en même temps que l’écriture plusieurs activités dont :

  • une activité de recherche (docteur et chercheur en psycho gérontologie), notamment sur le sujet du prendre-soin des personnes atteintes de troubles cognitifs (syndromes démentiels notamment) ;
  • une activité de formation et d’enseignement (notamment au sein de l’espace éthique de l’AP-HP) dans les domaines de la psycho gérontologie et de la socio gérontologie ;
  • il est chargé de projet au sein de l’EREMA (Espace national de Réflexion Ethique sur la Maladie d’Alzheimer) et secrétaire de l’Observatoire de l’âgisme ;
  • il est l’auteur de la pièce « Rallumer tous les soleils : Jaurès ou la nécessité du combat », jouée au Théâtre de l’Epée de bois, à la Cartoucherie de Vincennes, en novembre 2014.

Bibliographie :

« Humanitude ; comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux » – A. Colin, 2007

« La guerre des âges » – A. Colin, 2007.

« La nuit, tous Les vieux sont gris ; la société contre la vieillesse » – Ed. Bibliophane – Daniel Radfort, 2003.

« Ces troubles qui nous troublent… Comprendre, prévenir, apaiser les troubles du comportement dans les syndromes démentiels » – érès, 2010

« Le temps ne fait rien à l’affaire… » – Editions de l’Aube, 2012

Sites : www.jerpel.fr et www.jaures.eu

 L’ouvrage :  Paris, Editions Joëlle Losfeld, 2012 

Les insensés est paru en 2002, l’auteur avait 31 ans (il est né en 1971) et c’est son premier roman. Il a aujourd’hui 47 ans.

Thème du roman :

C’est l’histoire de Louise et de sa famille. Elle n’est pas datée mais on imagine qu’elle se passe dans les années 80-90. Louise a connu son grand-père qui a fait la guerre franco-prussienne de 1870. Ses enfants se prénomment Bernard et Marie, son gendre s’appelle André, ses petits-enfants Jacques, Françoise et Sylvie.

Le roman retrace la progression de Louise dans la maladie et la dégradation de sa santé mentale. Elle mélange des scènes de la vie présente et de sa vie passée, ce qui engendre de l’inquiétude de la part de ses enfants et marque une évolution dans la qualité des liens intrafamiliaux.

Thèse de l’auteur :

L’entrée en vieillesse d’un sujet est déterminée par son histoire de vie, les modalités d’existence de sa famille et l’environnement dans lequel il évolue [« Vieille. A ne plus savoir finalement quel phénomène, de sa vieillesse ou de leurs craintes de ses inévitables conséquences, avait précédé l’autre »].

Récit :

L’auteur évoque ce que l’on retrouve chez Saül Karsz[1], à savoir l’interpellation en vieillesse [« Louise est le premier vieux de Marie. Les enfants poussent et les vieux tombent »].

Pour les proches de Louise, un comportement bizarre (agacements, oublis, accès de méchancetés, propos peu compréhensibles), non conforme à ce qu’ils connaissaient, est le marqueur de sa vieillesse. La maladie et l’âge sont mis en avant pour expliquer les changements de caractère de Louise. Ils s’en remettent à la présomption d’une pathologie [« …puisque la maladie parlait pour elle, personne n’écouta plus la malade »] et basculent dans l’infantilisation de Louise.

Le livre est écrit à deux voix : d’une part le vécu de Louise et d’autre part celui de ses enfants et petits-enfants. Le style varie selon le(s) personnages(s) concerné(s).

Le lecteur est emmené dans les méandres des pensées de Louise par le flou du récit. C’est ce dernier qui va néanmoins lui faire connaitre ce qu’a été la vie de Louise jusque-là : mort de sa mère quand elle était petite puis décès de son père dans les tranchées de la guerre de 14-18. Disparition de son mari pendant la seconde guerre mondiale. Les souvenirs se superposent dans la tête de Louise et le lecteur la suit dans les réminiscences de sa vie auxquelles n’a pas accès sa famille.

Louise ne se plaint pas « pour ne pas déranger ». Ses enfants, cependant, anticipent une dégradation possible qu’ils estiment probable [« Il faudrait vraiment l’emmener voir quelqu’un, mot commun mais mot magique désignant les membres du corps médical spécialisés dans les maladies du quelque part »]. L’amour de sa famille devient un poids difficile à porter pour Louise (voir extrait page 57). Pour sa fille Marie, Louise se perd  [« jamais elle n’aurait cru possible de s’absenter si fortement de soi-même »]. Or, pour le lecteur, Louise ne se perd pas mais se (re)trouve…

Pour l’auteur, la vieillesse de Louise est inscrite dans le tissu socio-historique (personnel, familial, social) qui la détermine [« Après tout, qu’une vieille femme devienne un peu gâteuse, paranoïaque et agressive, c’était normal et il n’y avait guère d’autres causes à chercher que le grand âge. Mais là c’était différent : le silence et la froideur d’André, la soumission de Marie, la brutalité de Bernard, il (Jacques) les sentait liés à l’état de Louise sans savoir s’ils en étaient la cause ou l’écho »].

Au fil des mois, la famille tente de se dessaisir du poids et de l’inquiétude suscités par le comportement de Louise à la faveur d’un accompagnement médical [« Après avoir parcouru la lettre du Petit Docteur, le gériatre se saisit des feuilles du test destiné à évaluer non l’état général du patient mais le niveau de détérioration du malade, qui entre dans ces cabinets comme un inculpé dans un prétoire, découvrant que la présomption de santé ne possède même pas le poids fragile de sa consœur d’innocence »].

Louise finit par faire un séjour dans une clinique pour personnes âgées dépendantes où l’on fait de curieuses rencontres (voir extrait P. 110 – 111). Elle se réfugie dans ses souvenirs, donnant ainsi au lecteur une des clés de ses peurs et de sa culpabilité [« Sans personne pour qui craindre ou espérer, sans avenir où se penser, Louise passait ses nuits dans les images de sa jeunesse »].

La subtilité de ce roman est en bonne partie cristallisée dans le titre qui refuse de faire de la seule Louise celle qui a perdu le sens des choses…

Jérôme Pellissier interviendra aux Journées d’Etude

le mercredi 27 mars en matinée sur le thème

« L’âgisme, une discrimination pleine d’avenir ».

[1] Saül Karsz, Déconstruire la vieillesse In Affaires sociales, questions intimes, chapitre 1, Paris, Dunod, 2017.

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